Traité sur le tai chi chuan de Wang Zongyue

王宗岳太極拳論

Wáng Zōngyuè tàijí quán lùn

Ce traité est lié à l’apparition du terme de tai chi chuan. Le nom de tai chi chuan (太極拳, tàijíquán) apparaît d’abord en 1852, après que 武禹襄, Wǔ Yǔxiāng (1812-1880), ait appris une forme de boxe (拳, quán) de 楊露禪, Yáng Lùchán (1799-1872), lui même l’ayant appris à 陈家沟, Chénjiāgōu, le village de la famille Chén. Wǔ a apparemment nommé cette forme tàijíquán après avoir lu un petit manuscrit, trouvé par son frère dans un magasin de sel. Wu a déclaré que cet essai (論, lùn) sur le tai chi chuan  avait été écrit par un homme nommé 王宗岳, Wáng Zōngyuè, vers 1795.

Ce récit repose sur les dits de son neveu 李亦畬, Li Yìyú (1832–1892).

Chén Wángtíng (1600-1680), un patriarche du dix-septième siècle de la famille Chén, 陈王庭,  qui fut commandant des forces des garnisons du comté de Wenxian sous la dynastie Ming, était un grand passionné d’arts martiaux et de littérature.  Il fut sans doute influencé par les écrits du Général 戚繼光, Qi Jìguāng (1528-1588), également un spécialiste réputé en boxe chinoise. C’est en associant sa connaissance de la médecine chinoise, de la philosophie taoïste, de la stratégie militaire et de l’art du combat qu’il inventa une nouvelle boxe caractérisée par des mouvements souples, fluides et lents combinés à de puissantes explosions de forces. Il est le créateur du style qui porte son nom de famille Chén. Mais cette nouvelle boxe n’était pas encore nommée tai chi chuan. Ce n’est que lorsque Wǔ Yǔxiāng a adopté la forme de la famille Chén que celle-ci a commencé à appeler son style par le nom que  avait suggéré.

D’abord élève de Yáng Lùchán, Wǔ Yǔxiāng se rend à Chénjiāgōu puis à 赵堡, Zhàobǎo pour suivre l’enseignement de 陳清平, Chén Qīngpíng, (1795-1868). Wǔ Yǔxiāng est soupçonné d’être le véritable auteur du Traité sur le tai chi chuan (太極拳論), rédigé à partir d’un manuel de lance et habituellement attribué à Wáng Zōngyuè. Il serait à l’origine du terme 太極拳, tàijí quán.


郝和珍藏
Pour Hǎo Hézhēn,

後附小序並五字訣
joint avec une préface et une formule de cinq mots.

Un manuscrit écrit à la main par Li Yiyu, offert à son élève, Hǎo Hézhēn en 1881.

太極者。無極而生。陰陽之母也。動之則分。静之則合。

Tàijí est née de Wújí , et est la mère du yīn et du yáng. Dans le mouvement, ils deviennent distincts. Dans la tranquillité, ils s’unissent.

無過不及。隨曲就伸。人剛我柔。謂之走。我順人背。謂之粘。動急則急應。動緩則緩隨。雖變化萬端。而理唯一貫。

Il demande ni trop, ni trop peu, suivre et fléchir puis s’engager et s’étendre. Quand il est dur, je suis doux – cela s’appelle céder. Je l’accompagne, cela est coller. S’il se déplace rapidement, je réponds rapidement, et si son mouvement est lent, je le suis avec lenteur. Bien qu’il y ait une infinie variété de scénarios possibles, il n’existe qu’un seul principe.

由著熟而漸悟懂劤。由懂劤而階及神明。然非用力之久。不能豁然貫通焉。

Une fois que vous avez expérimenté ces techniques, vous arriverez progressivement à comprendre ces énergies (懂劤, dǒng jìn). À partir de là, vous poursuivrez votre chemin vers l’illumination (神明, shénmíng). Mais à moins de pratiquez longtemps, vous ne pourrez atteindre cette compréhension(通, tōng ).

虚領頂劤。氣沈丹田。不偏不倚。忽隱忽現。左重則左虚。右重則右杳。仰之則彌髙。俯之則彌深。進之則愈長。退之則愈促。一羽不能加。蠅虫不能落。

Une énergie intangible et vivante suspend le sommet de la tête (虚領頂劤, xū lǐng dǐng jìn). Le souffle (氣,qì).descend (沉,  chén) vers le champ de cinabre inférieur (丹田, dāntián). Se tenir dans le juste milieu, ne pencher ni d’un côté ni de l’autre (不偏不倚,  bù piān bù yǐ). Soudainement (忽, ) caché (隱, yǐn), soudainement manifesté (現, xiàn). Quand la gauche (左,  zuǒ) ressent du poids (重,  zhòng), alors la gauche se vide (虚,  xū). Quand la droite (右, yòu ) ressent du poids, alors la droite s’efface (杳, yǎo). Levant la tête (仰,  yǎng), la hauteur est encore plus grande (高, gāo). Baissant la tête (俯, fǔ ), le vide encore plus profond (深, shēn). En avançant (,进,  jìn), alors la distance s’accroît (長, zhǎng ). En reculant (退,  tuì), elle se resserre(促, cù). On ne pourrait y ajouter une plume (一羽不能加, yī yǔ bùnéng jiā) ! Une mouche ne pourrait s’y poser (蠅虫不能落, yíng chóng bùnéng luò).

人不知我。我獨知人。英雄所向無敵。蓋皆由此而及也。

L’autre ne me connaît pas; moi seul connaît l’autre. C’est comme un héros qui n’a plus d’adversaires sur son chemin. Est-ce que tout ne vient-il pas de là ?

斯技旁門甚多。雖勢有區別。概不外壯欺弱。慢讓快耳。

Il existe de nombreuses autres techniques (技,  jì). Bien qu’elles se distinguent par leur forme les unes des autres, elles incarnent en gros la capacité du fort (壮,  zhuàng) à l’emporter sur le faible (弱, ruò), ou simplement à supplanter la lenteur (慢, màn) par la vitesse (快,  kuài).

有力打無力。手慢讓手快。是皆先天自然之能。非闗學力而有也。察四兩撥千斤之句。顯非力勝。觀耄耋禦衆之形。快何能為。

La force (力, lì ) permet de frapper ceux qui n’en possèdent pas (無, wú), une main lente  cède devant une main plus rapide, tout cela découle d’une habileté naturelle (自然,  zì rán) innée (先天,  xiān tiān) qui n’a rien à voir avec la capacité (能,  néng) obtenue par une étude approfondie. Examinez l’expression quatre onces (四两,  sì liǎng) suffisent à déplacer un quintal (千斤. qiān jīn). Elle met en évidence que ce n’est pas  la force qui assure le succès. Observez une personne âgée qui se débarrasse de nombreux assailants. Comment la vitesse pourrait elle le faire ?

立如枰凖。活似車輪。偏沈則隨。雙重則滯。每見數年純功。不能運化者。率皆自為人制。雙重之病未悟耳。

Tenez-vous debout comme une balance en équilibre, comme la roue d’une charrette. Relâchez d’un côté et suivez. Le double poids (雙重, shuāng zhòng) amène la stagnation (滞, zhì ). Quand on voit ceux qui ont développé leur technique depuis des années mais qui n’arrivent toujours pas à l’utiliser pour neutraliser et se retrouvent généralement manœuvrés par les autres, on se rend compte qu’ils sont dans l’erreur du double poids.

欲避此病。須知陰陽。粘即是走。走即是粘。陽不離陰。陰不離陽。陰陽相濟。方為懂劤。懂劤後愈練愈精。

Pour éviter cette erreur, vous devez connaître le yin et le yang (陰陽, yīn yáng). Adhérer (粘, zhān) c’est céder (走, zǒu) ; céder c’est adhérer. Le yang ne quitte pas (不離, bùlí) le yin ; le yin ne quitte pas le yang. La coopération mutuelle (相濟, xiāng jì) entre yin et yang est précisément ce qui permet la compréhension de l’énergie (懂劤, dǒng jìn). Aprés avoir compris l’énergie, plus l’on pratique (練, liàn) et plus on affine (精, jīng) cette maîtrise.

默識揣摩。漸至從心所欲。本是舍已從人。

Mémoriser silencieusement (默識, mò shi) et esayer de comprendre (揣摩, chuǎi mó) vous atteindrez petit à petit ce que vous souhaitez du plus profond de votre cœur (心, xīn). Le principe fondamental est de céder (舍已, shě yǐ) à l’initiative de l’autre.

多悞舍近求逺。所謂差之毫厘。謬之千里。學者不可不詳辨焉。是為論。

Nombreux sont ceux qui commettent l’erreur de délaisser le proche (近, jìn) pour le lointain (逺, yuǎn). On dit que « La moindre différence conduit à une énorme erreur ». L’étudiant (學者, xué zhě)  doit par conséquent être attentif à discerner (辨, biàn) ce qui a été exposé. Et ceci vaut pour le traité (論, lùn ).

Médiagraphie

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Dominique Clergue

Troisième dan Aïkikaï de Tokyo, professeur de la FEQGAE - Union Pro Qi Gong et de la Fédération des Écoles Cheng Man ching, Dominique a créé l'école Nuage~Pluie en 1998.

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