Œuvres de Cheng Man-Ch’ing exposées au musée Cernuschi en janvier 1964

Dans sa biographie de la vie de Cheng Man Ching ( 鄭曼青), Tam Gibbs nous rappelle que le Professeur Cheng excellait dans cinq domaines: la poésie, la peinture, la calligraphie, le tai-chi-chuan, et la médecine et était connu comme le Maître des Cinq Excellences.
During a span of 25 years he had many one man shows both at home and abroad. One was at the National Cernuschi Gallery in Paris and at the World’s Fair in New York in 1964 Western artists were greatly impressed and expressed their respect. People complimented him as being a master of ink painting. His fame was fully warranted, not just circumstantial.
La peinture du Professeur Cheng était internationalement reconnue, pendant 25 ans, il a fait des manifestations aussi bien chez lui qu’à l’étranger. L’une de ces exposition fut à la National Gallery Cernuschi à Paris et une autre à l’Exposition universelle de New York en 1964.

Le professeur  Cheng Man Ching ( 鄭曼青)  nous est surtout connu pour avoir été un des promoteur du tai chi chuan en occident, son travail de peintre et de calligraphe nous est peu familier.

Le catalogue de l’exposition des Œuvres de Cheng Man-Ch’ing, peintures chinoises traditionnelles, style de l’école du sud, qui eut lieu au musée Cernuschi, à Paris, en janvier 1964, nous permet de découvrir son travail de peintre. Dans sa préface Vadime Elisseeff, Conservateur en Chef du Musée Cernuschi, évoque l’idéal des peintres lettrés que l’on peut rapprocher de la voie qu’offre le tai-chi-chuan. Dans « Propos sur mon art », le professeur Cheng précise ce que sont pour lui artistes, connaisseurs et œuvres. La biographie a le mérite ici d’avoir été rédigée de son vivant et de mettre en relief son activité de peintre, de calligraphe et de poète.

Ce catalogue nous donne à voir quelques œuvres du professeur Cheng:

  1. Paysage aux montagnes lointaines
  1. Lotus
  2. Le lis fauve hémérocalle
  1. Bambou et poissons
  2. Deux calligraphies formant paire

cernuschi

 

PRÉFACE

Depuis des siècles, la peinture chinoise traditionnelle, fuyant les vaines resseinhlances, met en valeur le contenu spirituel des formes. Le peintre, poète et calligraphe Sou Che (1056-1101) proclamait que les personnes avides de ressemblance en peinture n’avaient pas depassé la pensée infantile. Mais il ne s’en référait point pour autant aux créations anarchiques. Le confucianisme recommandait qu’une œuvre d’art soit un témoin de beauté, de vérité et de vertu morale.
Cet idéal fut poursuivi par les peintres lettrés (wen jen houa) donnant a chacun la possibilité d’accentuer soit la vérité profonde soit l’excellence de l’âme, tout en conservant la parfaite maîtrise de la technique. La vérité profonde ne conduit pas à la représentation visuellement fidèle de l’ohjet mais à l’image de la signification de l’ohjet, elle répond ainsi à la valeur morale du peintre qui se doit d’être en harmonie avec les forces vitales qu’il révèle au public. Cette harmonie est atteinte à l’occasion d’une exaltation que prépare la concentration spirituelle. C’est là que la peinture des lettrés rejoint celle des moines tchanistes. La concentration est atteinte par une voie laborieuse que jalonnent de nombreux efforts d’érudition ou par une voie libre de contrainte, purifiée, qui mène a l’illumination. Dans les deux cas l’étincelle doit jaillir, dans les deux cas il y a une action dirigée qui repose sur une discipline quotidienne du travail ou de l’esprit. La spontanéité n’est donc pas antérieure a la maîtrise technique mais postérieure et c’est en cela qu’elle est capable de création artistique.
Inspiré par ces principes, Cheng Man-ch’ing s’est surtout consacré aux sujets des fleurs et des plantes, sachant toutefois réserver son talent aux scènes et aux paysages. Ne voulant point exploiter son art mais le servir, il étudia sur le tard la médecine et devint docteur pour gagner sa vie. Il joignit aussi a ses connaissances médicales une pratique soutenue de la boxe chinoise. Celle-ci demande comme la peinture une concentration préalable. Plus sans doute que tous ses contemporains, Cheng Man-ch’ing a poussé a l’extrême limite le rôle de la tension de l ’esprit.
Toute son œuvre est traversée par un courant de force qu’impose son trait. Calligraphies et peintures se répondent harmonieusement car elles doivent apporter le même message. Ce message n’est pas a lire en comprenant les textes ou en interprétant les images, mais à saisir au même titre que celui de l’art non-figuratif, car il vise le même objectif : émouvoir au-delà des formes. La seule différence est que la tradition chinoise millénaire n’a plus besoin de s’évader du conventionnel pour atteindre ce but, et que ses peintres savent transcender la banalité des choses pour faire œuvre de créateur. Il n’est que de voir le jeu des traits dans le rouleau 22 pour comprendre que l’âme de l’artiste est autant révélée par la calligraphie du texte que par l’image de la fleur.
Nous remercions Monsieur Cheng Man-ch’ing et ses amis de nous avoir donné cette occasion de montrer un aspect fondamental de la peinture chinoise, et notre Directeur des Beaux-Arts ainsi que ses collaborateurs de nous avoir permis de profiter hâtivement d’un trop bref voyage a Paris pour présenter son œuvre.

VADIME ELISSEEFF

Conservateur en Chef du Musée Cernuschi

 

PROPOS SUR MON ART

L’Art est l’avant-coureur d’une civilisation, il appartient a la richesse de l’Humanité tout entière car il engendre la compréhension par contacts directs, sans passer par le langage et l’écriture.

La peinture chinoise a sa genèse aux époques Han et Wei. Dès l’époque T’ang, il y a des Ecoles. L’époque Song voit le sommet de la peinture. Après la chute de la dynastie Song, sous la domination mongole des Yuan, les lettrés se cachent et trouvent une consolation dans la peinture qui, dès lors, atteint sa splendeur. Avant les T’ang, les peintres prisaient le style « d’après nature ». A l’époque Song, il y a en plus le style « d’après l’esprit », ce dernier étant le suprême état de l’art pictural.

Les broderies et les soieries peintes de l’époque Tcheou, les décors des miroirs de l’époque Ts’in, les pierres gravées de l’époque Han, les fresques de Touen-houang, étaient des œuvres d’artisans et restent pour nous des documents historiques, à l’exception de Kou K’ai-tche, dont les œuvres présentent une réelle valeur artistique.

Il faut distinguer la formation des artistes et celle des connaisseurs. La formation des artistes est la réunion de trois éléments: caractère, connaissance et expérience. La formation des connaisseurs provient de l’attention attirée par des milliers de chefs-d’œuvre et le vrai connaisseur doit distinguer les meilleures parmi ces milliers d’œuvres.

Il faut également distinguer la valeur passagère des œuvres et leur vraie valeur. La valeur passagère est une chose artificielle. On paie des milliers d’onces d’or pour quelques coups de pinceau, soit en raison de leur ancienneté, soit pour une question sentimentale. Mais cette valeur est extérieure à l’art. La vraie valeur est autre chose. Un cheval pur sang devient inestimable grâce à la rencontre d’un connaisseur, sinon il restera toujours dans une ferme et finira sa vie à traîner une charrette.

Je m’occupe d’art depuis plus de cinquante ans. A cause de la pauvreté de ma famille j’ai dû en faire mon métier quatre ou cinq années durant. Puis j’ai assumé divers postes professoraux pendant une dizaine d’années. Enfin, cette dernière décade, j’ai continué a pratiquer mon art pendant l’exode, sans relâche. Je considère que l’art ne doit pas être commercialisé ni être utilisé comme outil de propagande. Un artiste doit arriver a utiliser sa main et son esprit en même temps. Réussir ou non, c’est la destinée. Je me fie au destin et suis en paix. Si, malgré mon âge qui dépasse soixante ans, je viens encore faire un pèlerinage à Paris, centre d’art mondial, c’est pour chercher en toute sincérité a rencontrer de vrais amis connaisseurs.

CHENG MAN-CH’ING

 

BIOGRAPHIE

CHENG Man-ch’ing (transcription française TCHENG Man-ts’ing. Surnom : Man-jan, nom de pinceau : Ermite du Puits de Jade) est né en 1901 à Yong-kia dans la province du Tchökiang. La précocité de ses talents de peintre et de poète fut reconnue dans son pays natal. A peine âgé de vingt ans, il fut invité à enseigner l’art poétique à l’Université de Ÿu-Wen à Pékin. Il fut, en même temps, pendant cinq ans, professeur a l’Institut des Beaux Arts.

En 19225, il exposait pour la première fois un ensemble de ses œuvres et il reçut, à cette occasion, les encouragements des plus célèbres de ses aînés. La même année, il était envoyé au Japon pour un sèjour d’études par le Ministère de l’Education Nationale. A son retour, il fut nommé Directeur de la Section de Peinture Traditionnelle à l’Institut des Beaux Arts de ChangHaÏ. Il fut, en même temps, professeur de Littérature 0 l’Université Tsi-nan.

En 1929, il était nommé vice-recteur de l ’Institut des Arts et Lettres Tchong-kouo.

En 1931, Cheng Man-ch’ing était, avec huit autres peintres, choisi pour représenter Changhaï dans une grande exposition organisée au japon. Le grand critique d’art japonais, Kosogi Misei écrivait à propos de cette manifestation : « Les œuvres contemporaines sont toutes des chefs-d’œuvre. Ce que je préfère c’est l’orchidée de Cheng Man-ch’ing. »

A plusieurs occasions, Cheng Man-ch’ing a participé à des expositions de groupes en Angleterre, en France et en Allemagne. Pendant la seconde guerre, il mena une vie d’exode, pratiquant différents métiers, notamment la médecine. Mais jamais, depuis cinquante ans, il n’a cessé de cultiver son art. Après la guerre, il revint à Nankin où il fut membre du Comité Constitutionnel, puis, fut élu député.

Il a exposé très souvent au cours de son séjour à Taïwan et, dernièrement, le Musée National a organisé une exposition de ses œuvres. Il y a huit ans, il a fondé l' »Association artistique des Sept Amis » qui exposent leurs œuvres le septième jour de la nouvelle année.

Cette année, huit de ses peintures seront montrées à cette occasion.

 

Paysage aux montagnes lointaines

1. Paysage aux montagnes lointaines

Rouleau en hauteur. H: 0,66 . L: 0,35 . Encre sur papier.
Signé Yu-tsing chan-jen, L’Ermite du Puits de Jade, un des noms de pinceau de l’artiste. Peint d’après nature.
L’œuvre est entourée de deux calligraphies d’appréciation d’amis, à droite texte de T’ao Yun-leou, daté de l’année Jen-yin (1962), a gauche texte de Ma Chao-Wen.

 

Lotus

21. Lotus

Rouleau en hauteur. H: 1,07. L: o,96. Encre sur papier.
Poème de l’auteur, daté de l’année Kouei-mao (1965) et signé Yu-tsing chan-jen. Peint et calligraphie par Man-jan. Je suis né dans la boue mais il n’y a aucune boue sur moi. Pure est ma nature. je peins le lotus et le lotus se rit de moi. Le parfum pur restera pour les prochaines générations.

 

Le lis fauve hémérocalle

22. Le lis fauve hémérocalle

Rouleau en hauteur. H: 1,14. L: o,54. Encre sur papier.
Poème de l’auteur, daté de l’année Kouei-mao (1963). Man-jan a peint (ce tableau) et écrit (ce poème). Le lis faune est une fleur qui symbolise sa propre mère. Lorsque je le peins je suis rempli de tristesse. Le printemps passe. Le lis du Pavillon du Nord est dejà fané. Après cela je ne peindrai plus jamais de lis. Il y a trente ans j’étais célèbre comme peintre de lis. Depuis longtemps je n’en ai plus peint, car chaque fois m’envahissait la tristesse. Ce tableau est un des rarissimes dans mon œuvre.

 

Bambou et poissons

26. Bambou et poissons.

Rouleau en hauteur. H: 1,355. L: 0,44. Encre sur papier.

Poème de l’auteur, signé Man-jan, sur le bonheur calme. Trois ou deux branches de bambou pour amis, un ou deux poissons faciles à compter. Mon petit jardin est jonché de pétales de fleurs tombées. Souriant au vent printanier, je vide ma coupe.

 

Deux calligraphies formant paire

27. Deux calligraphies formant paire.

Rouleau en hauteur. H: 1,54. L: 0,34. Encre sur papier.

Je voudrais contempler le vent et la lune de trois mille mondes. Parole du poète, peintre et calligraphe Sou Tong-p’o (1036-1101).
Je prends et mets en réserve mon renom de quarante ans. Parole du poète Song, Houang Chan-kou.
Signé Man-jan.

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Nuage~Pluie

Ex quo profecto intellegis quanta in dato beneficio sit laus, cum in accepto sit tanta gloria.

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