Mots d’expérience par Tung Ying Chieh

Traduction en français d’un article de Tung Ying Chieh, traduit en anglais par Albert Tang (étudiant du Little Mountain Tai Club), paru le 11/8/2012 sur le site taichivancouver.com sous le titre Words of Experience.

  1. Le tai chi chuan est un art martial interne. La force est produite dans les os. La puissance est réservée aux muscles. Il ne nécessite pas d’avoir une peau épaisse ou des muscles durs, mais il demande des os solides  et de laisser le souffle ( 氣: qì) descendre. Par conséquent, les élèves n’ont pas à subir la souffrance des os brisés et des muscles blessés, ni la fatigue des sauts, mais ils ont juste à se déplacer naturellement pour trouver le potentiel de l’énergie originelle. C’est une pratique pour développer votre puissance originelle.
  2. Les trois points principaux: l’esprit, l’intention et la posture (à l’image des noms du mouvement) doivent être là. Si la posture est correcte, alors l’esprit et l’intention sont là, et vous progresserez. En outre, vous vous sentirez différemment tous les jours. Les élèves devraient essayer d’être attentifs à sentir les différences.
  3. Si la posture n’est pas correcte, alors l’esprit et l’intention ne seront pas là. Ce serait comme de cuisiner un pot vide, même après de nombreuses années de pratique, vous ne réussirez pas. C’est une moquerie que de dire que dix ans de pratique du tai chi chuan ne valent pas trois ans de kung fu. De ce fait, pour une bonne pratique du tai chi chuan, vous devez d’abord pratiquer avec diligence et également en avoir une bonne compréhension. En outre, si le résultat dépend de votre intelligence, une pratique dure peut venir en aide à la stupidité. Vous devez donc toujours vous encourager à aller au plus difficile.
  4. Pendant la pratique respirez naturellement. Ne forcez pas trop votre souffle. Après de nombreuses heures de pratique, votre tai chi chuan deviendra naturel. À ce moment-là, le souffle sera automatiquement équilibré.
  5. A l’origine les treize mouvements de tai chi chuan sont des méthodes de conduite du qì. Conduire concerne principalement la circulation du qì et du sang. Par conséquent, lorsque votre conduite est correcte, le qì et le sang seront équilibrés. Tout maladie aura disparu, mais ne vous méprenez pas, essayer d’obtenir cet équilibre est très difficile. Si vous pratiquez dur et naturellement, vous l’obtiendrez lorsque votre pratique arriverera à maturité (le moment venu).
  6. Relâcher les épaules et laisser tomber les coudes signifie qu’il ne faut pas mobiliser de la force dans les épaules. N’essayez pas d’avoir les mains lourdes, mais déplacez vous en douceur et légèrement.
  7. Suspendre le haut (de votre tête), et maintenir le bas (l’anus) – Pour suspendre le haut, la tête doit être maintenue naturellement. Si vous maintenez le fond, le qì viendra là automatiquement. Pour recueillir la force, la poitrine doit être un peu vide, mais vous ne devez pas contenir votre poitrine et courber votre dos.
  8. Chaque fois que vous pratiquez la forme, il y a au moins trois choses que vous devez faire. La première est de détendre vos muscles. La seconde est d’ajuster vos postures. Le troisième est de vous concentrer davantage sur les intentions et les représentations de l’esprit. Lorsque vous pourrez maîtriser tous les mouvements, alors les représentations apparaîtront lorsque vous vous déplacerez. Lorsque vous atteignez ce stade vos progrès seront meilleurs et plus rapides.
  9. Le sentiment et la compréhension du pouvoir – Pour apprendre ceux-ci vous devez pratiquer davantage la poussée des mains, alors vous expérimenterez les avantages de coller, adhérer, connecter et suivre. Si vous ne disposez pas d’un partenaire, vous pouvez toujours pratiquer la forme avec diligence, et utiliser toujours  vos deux bras pour sentir la force. Essayez d’imaginer que votre adversaire vous attaque, et comment vous l’utilisez pour le contrôler. Si vous continuez à pratiquer comme cela longtemps, vous apprendrez certainement également la force.
  10. Lorsque vous faites la poussée des mains, la chose la plus importante est d’étudier la sensation de la force, n’essayez pas de faire tomber votre adversaire. Essayez d’empêcher votre adversaire de découvrir votre centre, et de toujours contrôler le centre de votre adversaire.
  11. Vous pouvez pratiquer le tai chi chuan pendant que vous marchez, que vous êtes debout, assis, où  posé. La méthode consiste à utiliser votre esprit pour faire circuler le qì  et pour le ressentir. Par exemple: sentir la différence entre tenir une tasse de thé avec force et sans force;  sentir la différence entre marcher d’un pas lourd et marcher d’un pas léger. Lorsque vous êtes immobile, essayez de sentir la différence entre redresser vos jambes et les plier,  une jambe ou deux jambes sur le sol.
  12. Pendant les premiers stades de la pratique du tai chi chuan vous pourriez éprouver des douleurs musculaires, mais ne vous en inquiétez pas, cela passera et plus tard vous vous sentirez bien .
  13. Les premiers pas dans l’apprentissage de la poussée des mains consistent en la reconnaissance de la force. Il y a de nombreux types de force tels que: coller, suivre, la puissance interne, suspendre, frotter, la force, offrir, fermer, tenir, toucher et pousser. En plus il y a des types d’énergie tels que la force de pénétration de l’os, la force , la force nette, la force soudaine, la force d’un dixième de pouce, les secousses, la force du tir de flèche, et la force régulière. En général, les forces évoquées ci-dessus sont issues du ressenti développé lors de la pratique. Il est plus difficile d’apprendre la force tout seul et plus facile à deux, car les gens sont vivants. En outre, vous pouvez réguler et ressentir la mise en œuvre de la force. Bien sûr, tous les types de force sont appris et découvert grâce aux mouvements du corps. Si vous n’avez pas de partenaire, vous pouvez apprendre la force à partir de l’air.
  14. Les principes du tai chi chuan – La force prend racine dans les pieds, se développe dans les jambes, est contrôlée et commandée par la taille et se manifeste et s’épanouit dans les mains et les doigts. Ce sont les principes pour mettre en oeuvre la force : ne jamais laisser les genoux arriver au delà des orteils; ne jamais étendre les mains au dessus du nez; ne jamais les lever plus haut que vos sourcils; et ne pas presser au-dessous du centre de la poitrine. Ce sont là les règles traditionnelles. Si vous enfreignez ces règles, la force ne sera pas aussi bonne. Le changement est commandée par la taille. Par exemple: Si vous poussez quelqu’un vers la gauche, en poussant avec votre main droite sur le côté, et si votre main est au-dessus du nez, la force ne sera pas là. Mais si vous laissez votre poitrine gauche se retirer un peu vers l’arrière, et tournez un peu votre taille vers la gauche, la force sera là. En conclusion, si ce changement s’effectue au niveau de la poitrine, est contrôlé par la taille et montre enfin jusqu’aux doigts, si tout le corps est détendu et sensible, alors une forte puissance s’exprimera au niveau des doigts.
  15. Les personnes sont des animaux sensitifs. Par exemple: si je frappe quelqu’un avec mon poing, l’adversaire va certainement utiliser les mains pour bloquer ou déplacer son corps pour éviter l’attaque. C’est la réaction naturelle des gens, mais les matériaux sont différents. Un exemple de ceci, c’est un sac de sable suspendu. Il est immobile accroché là. Si vous le frappez, il va aller de l’avant et vers l’arrière. La façon dont il se déplace est sur un tracé fixe. Si vous le frappez à gauche, il se déplace vers la droite. C’est la réaction des matériaux. Mais les personnes sont différentes, l’adversaire aura différentes réactions sur un coup de poing. Par conséquent, un boxeur privilégie trois mots: stabilité, précision et férocité. Si je n’ai pas ces trois qualités, je ne peux pas exprimer la force. Si je les mets en oeuvre, la force devrait être efficace. Alors, comment obtenir stabilité, précision et férocité? Tout d’abord, vous devez avoir un ressenti. Alors, comment peut-on obtenir un ressenti? Ne bougez pas si l’adversaire ne bouge pas. Si l’adversaire se déplace, vous suivez et terminer le mouvement avant lui. En second lieu, vous aurez à combattre pour conclure le mouvement. Alors, vous serez invaincu.
  16. Avant d’apprendre le tai chi chuan, la force pourrait être une force sans éclat, faible. L’apprentissage du tai chi chuan rend tout le corps détendu, avec une bonne circulation du qì et du sang. Mais vous devez vous débarrasser de toute la tension nerveuse et garder la force faible originale. Parce que quand vous êtes détendu, la force faible peut être transformée en un pouvoir réel. Un exemple de force faible est ce que certains appellent la force de l’épaule, c’est lorsque la force est maintenue à l’épaule, n’est pas contrôlée par la taille et ne va pas jusqu’aux doigts. Par conséquent, la puissance faible est le capital et la relaxation la méthode. Si vous connaissez la méthode, alors un petit capital peut même permettre d’obtenir un grand résultat. si vous ne connaissez pas la méthode, même avec un grand capital, vous ne pourrez pas réussir. Voilà pourquoi si vous comprenez le principe du tai chi chuan, il vous sera bénéfique pour toutes sortes de sports.

Carte postale avec le portrait de Tung Ying Chieh, 董英杰, , Dǒng Yīngjié

Tung Ying Chieh (董英杰, 1898-1961) est un personnage influent du tai chi chuan, connu pour être l’initiateur de l’école de la famille Tung (董: Dǒng) et avoir été un élève distingué de Yang Chengfu (楊澄甫, 1883-1936) .

力, lì: force, vigueur, puissance, capacité, s'efforcer de, faire tout son possible, de toutes ses forces, de son mieux, 19e radical勁, 劲, jìn: force physique, énergie, vigueur, entrain, enthousiasme, air, manière, expression, fort, robuste, ferme, solide, énergique, vigoureux, puissant

Les pratiquants de tai chi chuan opposent souvent les expressions force externe et force interneEn chinois, ces termes correspondent aux sinogrammes 力 et 勁.

Le sinogramme 力 représente un tendon ou une fibre musculaire d’après L’idiot chinois de Kyril Ryjik. Pour Wang Hongyuan dans Aux sources de l’écriture chinoise, il s’agirait plutôt d’un bras : lì signifie force, capacité, puissance, et évoque dans le cadre du tai chi chuan la force qualifiée d’externe ou dure, purement musculaire.

On lui oppose le sinogramme 勁: sur la droite, on reconnaît 力 vu précédemment. Sur la gauche, c’est l’élément 巠, il s’agit d ’après Kyril Ryjik d’ un homme debout 人 en train d’examiner le réseau 巛 des eaux sous le sol 土, signifiant réseau de forces ou d’influx.

Les chinois utilisent le terme jìn dans des expressions comme 劲弓, jìn gōng, qui fait référence à la force d’un arc puissant, ou 劲风, jìng fēng, qui fait référence à la force d’un vent violent.  Jìn est parfois traduit par force interne ou force souple par les pratiquants de tai chi chuan. On constate que la force n’est pas liée ici à un seul muscle comme dans lì, mais à tout un réseau 巛. Jìn est une force fluide et sans forme, produite par le travail détendu du corps dans tout son ensemble.

Aux sources de l'écriture chinoise de Hongyuan Wang chez SinolinguaAux sources de l'écriture chinoise de Hongyuan Wang chez Sinolingua

Photo du profil de Dominique Clergue

Dominique Clergue

Troisième dan Aïkikaï de Tokyo, professeur de la FEQGAE - Union Pro Qi Gong et de la Fédération des Écoles Cheng Man ching, Dominique a créé l'école Nuage~Pluie en 1998.

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire