Les trois enseignements

三教

sān jiào

taoïsme, confucianisme et bouddhisme

Confucius remettant Siddhārtha Gautama, le Bouddha à Lao Tseu, dynastie Qing

La civilisation chinoise est traversée par trois grands courants spirituels : le confucianisme (: rú jiào), le taoïsme (教: dào jiào ) et le bouddhisme (教: fó jiào).

D’abord transmises oralement, ces trois doctrines reposent sur un ensemble de textes canoniques (經: jīng):

  • le Classique de la voie et de la vertu (道德經 : Dàodéjīng), est le texte fondateur du taoïsme;
  • le Classique des changements  ou Traité canonique des mutations (易經: Yìjīng) est l’un des cinq classiques confucéens avec le Classique des documents ( 書經: Shūjīng), le Livre des rites ( 禮記: Lǐjì), le Livre des Odes (詩經: Shījīng) et les Annales des Printemps et des Automnes (春秋 Chūn Qiū);
  • les sûtras, chez les bouddhistes, désignent la mise par écrit des enseignements du Bouddha. On le traduit en mandarin par  jīng.

Classique des changements ou Traité canonique des mutations (易經: Yìjīng)

Jīng comme Sūtra, désignant  les fils de la chaîne sur le métier à tisser, est par extension ce qu’on nomme en Occident un classique, un canon ou simplement un livre. Le terme s’applique à des écrits spéculatifs ou philosophiques rédigés sous forme d’aphorismes. Soit l’appellation peut être métaphorique, ce sont alors les fils de la pensée, la trame des idées , soit elle est métonymique et dans ce cas elle désigne les fils qui servent à coudre les pages ensemble.

Ces textes canoniques sont le fondement de la doctrine des trois grandes philosophies. Loin d’être fermées les unes aux autres, ces trois approches se sont naturellement mélangées pour féconder le domaine de la pensée chinoise, tout comme celui de l’écriture.

On ne retrouve en Chine ni cette opposition du divin et de l’humain, de l’homme et de la nature, si caractéristique de notre Occident depuis les Grecs, ni cette vision du monde comme création née du rite et entretenue par lui, et cette indifférence à la temporalité qui sont propres à l’univers mental de l’Inde. Tout au contraire de l’Inde, les Chinois gardent un étonnant sens pratique et jugent de la valeur des religions à leur efficacité.

Les trois sagesses chinoises accordent toutes à l’homme une place considérable: l’homme réunit en lui les vertus du Ciel et de la Terre, et il lui appartient, pour son propre accomplissement, de les mener à l’harmonie.

Il s’agit d’une pensée qui choisit de suivre les mouvements immédiats de la vie plus que les articulations abstraites, rigoureuses ou rigides de la théorie; d’une philosophie dont les principes se nomment souffle vital (氣,  qì),  voie (道: dào), ou vertu d’humanité (仁,  rén).

Confucianisme, taoïsme et bouddhisme sont un, une peinture du 12ème siècle, dynastie des Song, dans le style Litang dépeignant trois hommes riant auprès d'une rivière

Doctrine philosophique et religieuse, le taoïsme est l’un des deux grands systèmes de pensée qui se sont développés en Chine. Le terme est issu de 道, dào qui signifie la voie. On peut dire que le taoïsme est la religion de la Chine profonde, car il fait appel à des croyances d’une tradition fort ancienne touchant les couches les plus populaires de la société.

L’homme de bien est impartial et vise à l’universel;
l’homme de peu, ignorant l’universel, s’enfonce dans le sectaire.

Face au confucianisme, philosophie humaniste officielle insérant l’homme dans un univers avant tout moral et social, le taoïsme, quant à lui, se montre davantage préoccupé de l’individu, de sa conscience et de sa vie spirituelle, voire spéculative, dans sa recherche d’une harmonie avec la nature et l’univers. Au début du IIIe siècle de notre ère, la Voie du Maître Céleste ( (天師道:  Tiān shīdào)  devient une véritable religion encadrée par un clergé instruit, à la différence du confucianisme qui reste un simple système de pensée et de valeurs. On édifie des monastères, un rituel est codifié, un corpus textuel défini. Le taoïsme est alors reconnu et pratiqué par une grande partie de la population. Deux grands textes sont au fondement de la philosophie taoïste : le Classique de la voie et de la vertu ou Lao Tseu (老子: Lǎozǐ ) et le Zhuangzi ( 莊子: zhuāng zǐ), les ouvrages adoptant le nom de leurs auteurs respectifs.

Alors que le Lao Tseu est un petit bréviaire de 81 paragraphes, rédigé dans un mélange de prose rythmée et de vers libres, le Zhuangzi est un grand corpus, au vocabulaire d’une richesse inouïe, qui présente toute une métaphysique du Dao, la vérité est dans le retour à la nature mais sublimée par la culture.

L’histoire officielle dit que bouddhisme a été introduit en Chine par le moine indien Bodhidharma ( 菩提达摩: pútídámó; 達摩: dámó ; 達磨: daruma) plus ou moins en 520 après JC.  Ce moine bouddhiste tamoul originaire du sud de l’Inde, est le fondateur légendaire en Chine de l’école Chan, courant contemplatif (禅, chán) du mahāyāna, devenue au Japon l’école Zen connue en Occident. Bodhidharma est considéré comme son 28e patriarche et comme son premier patriarche chinois.

Mais en fait le Bouddhisme était déjà connu en Chine depuis plus d’un siècle en particulier grâce au moine indien Kumarajva ( 鳩摩羅什 : Jiūmóluóshí). La création de l’école Chan, correspondrait plutôt à la concrétisation de la rencontre du bouddhisme et du taoïsme. Le Sutra de Vimalakirti par exemple, déjà traduit en chinois, était conforme aux préceptes taoïstes tel que l’éveil compatible avec la vie de tous les jours. Dans ce sûtra, c’est un laïque, Vimalakirti, qui enseigne aux disciples du Bouddha,  la Bodhichitta (菩提心: Pútíxīn) et répond par le silence, d’une manière tout à fait taoïste ou zen, à la question de la nature de la réalité.

Sinogrammes
  • 三,叁,  sān: trois, 3
  • 教, jiāo: enseigner, apprendre quelque chose à quelqu’un
  • 教, jiào: religion, enseignement, faire, provoquer, dire
  • 经,經, jīng: livre canonique, classique, ,  les fils de la chaîne sur le métier à tisser, constant, régulier, longitude, passer par, supporter, résister à, subir, gérer
  • 道,  dào: doctrine, raison, voie, dire, circuit, intendance
  • 禅, chán: méditation, contemplation, Zen, dhyana
  • 气, 氣,  qì: gaz, air, souffle, odeur, vigueur, énergie, colère, irriter
  • 仁,  rén: humanité, bienveillance, amande, pépin, bon, bienveillant
Médiagraphie

Les trois sagesses chinoises : Taoïsme, confucianisme, bouddhisme de Cyrille Javary aux Editions Albin Michel dans la collection Spiritualités vivantesLes trois sagesses chinoises : Taoïsme, confucianisme, bouddhisme de Cyrille Javary aux Editions Albin Michel dans la collection Spiritualités vivantesYi Jing de Cyrille J-D Javary et Pierre Faure aux Editions Albin Michel dans la collection SpiritualitéYi Jing de Cyrille J-D Javary et Pierre Faure aux Editions Albin Michel dans la collection SpiritualitéDao de Jing, Le Livre de la voie et de la vertu de Laozi, préface de François Cheng, traduction de Claude Larre chez Desclée de BrouwerDao de Jing, Le Livre de la voie et de la vertu de Laozi, préface de François Cheng, traduction de Claude Larre chez Desclée de BrouwerLe monde chinois de Jacques Gernet, sous la direction de François Laurent chez Pocket dans la collection ÉvolutionLe monde chinois de Jacques Gernet, sous la direction de François Laurent chez Pocket dans la collection ÉvolutionEntretiens de Confucius, traduction d'Anne Cheng Entretiens de Confucius, traduction d'Anne Cheng

Les Chapitres intérieurs de Tchouang Tseu, introduction d'Isabelle Robinet, traduction de Jean-Claude Pastor au Cerf dans la collection Patrimoines - OrientLes Chapitres intérieurs de Tchouang Tseu, introduction d'Isabelle Robinet, traduction de Jean-Claude Pastor au Cerf dans la collection Patrimoines - Orient

Nuage~Pluie

Ex quo profecto intellegis quanta in dato beneficio sit laus, cum in accepto sit tanta gloria.

Laisser un commentaire