Les souffles

 


Paysage de flux - Une encre de Fabienne Verdier - H. Looser Foundation, Zurich
La graphie ancienne 氣 nous montre le grain de riz 米 qui éclate sous l’effet de la cuisson et qui dégage une vapeur 汽 qui s’élève en accumulation 三.  Le chinois moderne n’a retenu que la partie supérieure 气, et rejoint ainsi dans l’esprit le caractère primitif formé de trois lignes horizontales 三, symbolisant les courants atmosphériques. Le sinogramme décrit donc le souffle (氣: qì) comme étant à la fois aussi immatériel et éthéré que la vapeur et aussi dense et matériel que la céréale. Il signifie également que le qì est une substance subtile, la vapeur, dérivée d’une substance grossière, la céréale.

Paysage de flux – Fabienne Verdier – H. Looser Foundation, Zurich

Les souffles animent les formes (形, xíng), qu’ils informent et transforment, ils sont présents dans toutes les manifestations de la nature. Ils sont un élément fondamental dans la constitution de l’univers. Yin~yang, rythme et combinaison, ils sont capables de produire chaque chose par leurs mouvements et leurs transformations. Ils sont indispensables à la constitution de l’organisme et à l’entretien de son activité vitale.

  • 氣, 气, qì: gaz, air, souffle, exhalaison, fluide, influx, odeur, vigueur, énergie, irriter
  • 米, mǐ: riz, grain, mètre
  • 汽, qì: vapeur
  • 風, 风, fēng: vent, rumeur, usage, 182e radical

Le souffle est cette force vitale, qui se meut, qui pénètre partout, invisible (无 wú), qui ouvre et communique. C’est la libre expression  de ces qualités qui garantit une bonne santé.

Les esprits guident les souffles, le coeur souverain est garant de leur harmonie par sa propre harmonie.

氣 dans le dictionnaire de l'empereur Kāngxī (康熙字典), 1716

氣 dans le dictionnaire de l’empereur Kāngxī (康熙字典), 1716

Cosmologie

Tchouang-tseu

夫大塊噫氣其名為風
La grande masse éructe un soufffle, son nom est vent

Huainanzi

Ciel et terre ( 天地) n’étaient pas encore formés ( 未形) … La voie ( 道) commença par les immensités vides. Ces immensités vides générèrent les espaces et les temps ( 宇宙). Les espaces et les temps générèrent le souffle ( 氣).
Le souffle prit contours et limites. Le yang clair se diffusa et se prodigua pour constituer le Ciel. Le yin lourd et trouble se condensa et s’immobilisa pour constituer la Terre.

  • 天地, tiān dì:  ciel et terre, univers, monde, champ d’action, champ d’activité
  • 未, wèi: ne pas, pas encore, 8ème branche terrestre
  • 形, xíng: forme, corps, silhouette, paraître, comparer
  • 道, dào: voie, doctrine, raison, dire, circuit,intendance
  • 宇宙, yǔ zhòu: l’univers

Yi Jing

精氣為物
Essences et souffles constituent tous les êtres

Rosée luxuriante des Annales des Printemps et Automnes

天地之氣 和而為一分為陰陽判為四時列為五行
Le souffle harmonisé du ciel~terre est l’un. Il se différencie et c’est le yin~yang; il se divise et voilà les quatre saisons; il se partage pour faire les cinq agents

La vie est un souffle

天之在我者德也,地之在我者氣也,德流氣薄而生者也
Le ciel en moi c’est la vertu, le pouvoir d’être, la terre en moi c’est le souffle, le pouvoir d’être ruisselle, le souffle abonde, sourd de terre et c’est la vie
阴阳离决,精气乃绝
Si le yin et le yang se séparent, la vitalité expire

Les différents souffles

En l’homme, les souffles ont deux origines: un souffle inné, l’essence du ciel antérieur (先天之精 : xiān tiān zhī jīng), qui provient des parents, et un souffle acquis, ou essence du ciel postérieur (后天之精 : hòu tiān zhī jīng), qui provient de l’essence subtile des aliments. Il faut y ajouter le souffle qui provient de l’air (清气 : qīng qì). Grâce à l’action de la rate et de l’estomac, le souffle qui provient des aliments et des boissons (水谷气 : shuǐ gǔ qì), se combine, dans la poitrine, à l’air des poumons (清气 : qīng qì) pour former le souffle de synthèse (宗气 : zōng qì)  et le souffle véritable (真气 : zhēn qì), sous l’influence du cœur et des poumons. Le souffle de synthèse est en relation étroite avec les fonctions du cœur et des poumons, et avec la circulation du sang et des souffles dans le corps. Le souffle  défensif (卫气 : wèi qì) et le souffle nourricier (营气 : yíng qì) sont les deux aspects du souffle véritable (真气 : zhēn qì).

Les différents souffles du corps sont produits grâce à l’impulsion du souffle originel (元气 : yuán qì), qui est lui-même issu  du souffle inné et dépend du souffle acquis pour son développement.

Le mécanisme général de production des souffles est la synthèse des souffles extérieurs du ciel: de l’air, de la terre: les aliments et de l’homme (元气 : yuán qì). Le souffle originel  transforme les souffles extérieurs apportés par la nature, et les individualise. Ce processus est le tronc commun à partir duquel les différentes sortes de souffles sont générés, avec des modes de production spécifiques à chacun d’entre eux.

元气 : yuán qì
Reçue de nos parents, le souffle originel est le plus fondamental, celui qui soutient toutes les activités de l’organisme et est à l’origine de toute vitalité dans l’organisme. Il provient de la porte du destin. Il monte d’abord dans le triple réchauffeur, puis gagne progressivement la périphérie pour embrasser tout l’organisme. C’est lui qui stimule constamment le déclenchement des processus physiologiques et psychiques. Il est innée, bien que sa qualité et sa quantité soient un héritage des ascendants, l’entretien du souffle originel dépend du mode de vie qui peut en assurer la pérennité ou provoquer son épuisement précoce.
水谷气 : shuǐ gǔ qì
Le souffle de l’eau et des céréales entre dans la composition du souffle de synthèse. Sa qualité dépend de la diète et de la vitalité des viscères responsables de la digestion, principalement la rate, l’estomac et l’intestin grêle.
清气 : qīng qì
Le souffle de l’air s’associe au souffle de l’eau et des céréales pour produire le souffle de synthèse. Il est tributaire de la respiration et de la qualité de l’air ambiant. La respiration relève d’abord de l’activité du poumon, mais aussi du support des reins qui procurent force et efficacité au mouvement respiratoire, la capacité de réception du souffle.
宗气 : zōng qì
Le souffle de synthèse, complexe ou ancestral provient de la combinaison des souffles extraits de l’air et des aliments, et est produit au thorax. Il est acquis. Sa fonction est de soutenir l’activité du poumon et du péricarde, de rythmer la mise en circulation des substances par le mouvement respiratoire et la pulsation cardiovasculaire. De plus, il retourne vers la porte du destin, pour entretenir la vitalité originelle à sa source.
真气 : zhēn qì
Le souffle véritable ou vital résulte de la fusion du souffle originel, inné et du souffle de synthèse, acquis. Il parcourt la totalité de l’organisme et l’ensemble des méridiens. Les composantes de ce souffle servant à lutter contre les souffles pervers, sont qualifiées d’énergies correctes.
卫气 : wèi qì
Le souffle  défensif circule dans les membranes, la peau, les muscles et jusque dans les viscères. Actif, il concentre son activité à la surface du corps et intensifie les échanges avec l’extérieur, il favorise alors l’adaptation de l’organisme aux fluctuations de l’environnement.
Au repos, tandis que l’organisme en profite pour se réparer, il passe en profondeur pour aider les organes internes à s’équilibrer. Il est très mobile et moins tributaire des trajets des méridiens que sa contrepartie, le souffle nourricier.
营气 : yíng qì
Le souffle nourricier se manifeste par la capacité du sang de transmettre les nutriments aux viscères, tissus et ouvertures sensorielles. Il suit des parcours très définis selon une arborisation qui se répand des méridiens principaux jusqu’à l’ensemble du territoire corporel grâce à une multitude de ramifications. Il rejoint le souffle  défensif au quel il prête assistance. Il circule dans un ordre précis et selon une rythmique particulière : les marées énergétiques où l’énergie atteint plus particulièrement certains viscères à certaines heures de la journée.

脏和气

Les souffles et les organes

肺为气之主 : fèi wéi qì zhī zhǔ :
Le poumon est le maître des souffles
脾胃为气血生化之源 : pí wèi wéi qì xuè shēng huà zhī yuán :
La rate et l’estomac sont la source de l’engendrement des souffles et du sang
肾为生气之源 : shèn wéi shēng qì zhī yuán
Le rein est la source de production des souffles
肾主纳气 : shèn zhǔ nà qì
Le rein régit la réception du souffle
肝主疏泄 : gān zhǔ shū xiè
Le foie régit le drainage et la dispersion

Les mouvements des souffles

Le mouvement, l’échange, la communication, la transformation des souffles naissent de deux tendances contraires:

  • une tendance yin qui suscite un souffle lourd, massif, dense, calme;
  • une tendance yang qui suscite un souffle léger, subtil, peu dense, dynamique.

C’est de cette interaction et de cette confrontation que l’on peut distinguer quatre mouvements: la montée (升 : shēng),  la descente (降 : jiàng), la sortie (出 : chū) et l’entrée (入 : rù).

Les fonctions des souffles

推动 : tuī dòng
L’activation: le souffle stimule et impulse la croissance et le développement de l’organisme, l’activité physiologique des organes et des méridiens, la production et la circulation du sang, la production, la distribution et l’excrétion des liquides organiques.
温煦 : wēn xǔ
La fonction thermique: le souffle réchauffe et vaporise, il maintient une température constante pour permettre les réactions physiologiques.
防御 : fáng yù
La protection: le souffle défend la peau, résiste aux souffles pervers et les chasse de l’organisme.
固慑 : gù shè
Le contrôle : le souffle permet la rétention et la régulation de tous les liquides organiques, maintient les organes à leur place
气化 : qì huà
La transformation : le souffle favorise la production et la transformation des substances quintessenciées de l’organisme

病因

L’étiologie

邪气 : xié qì
Les souffles pervers, morbides, pathogènes
百病皆生于气 : bǎi bìng jiē shēng yú qì
Les cent maladies proviennent des souffles
邪之所凑, 其气必虚 : xié zhī suǒ còu, qí qì bì xū
Pour que les perversités s’introduisent, le souffle doit être déficient

 

Médiagraphie

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Nuage~Pluie

Ex quo profecto intellegis quanta in dato beneficio sit laus, cum in accepto sit tanta gloria.

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