Les langues chinoises

Les langues chinoises (中国语文, zhōng gúo yǔ wén) sont souvent désignées dans leur ensemble sous le nom de « chinois » (中文, zhōng wén). La langue parlée dans son caractère le plus général est le plus souvent appelée « langue des Han » (漢語, 汉语, hàn  yǔ ). On peut trouver, entre certains dialectes, des différences importantes, cependant, tous utilisent la même écriture.

Les langues chinoises s’écrivent le plus souvent au moyen de caractères chinois ou sinogrammes. D’après la légende, les caractères chinois ont été inventés par Cang Jie (倉頡 Cāngjié) au temps mythiques de l’empereur jaune, il y a près de cinq mille ans. Après avoir vu comment un chasseur peut identifier à son empreinte l’animal qu’il poursuit, il aurait formé son premier système d’écriture en désignant chaque chose par une marque immédiatement reconnaissable. Ces caractères ont évolué au cours des siècles, et ont été simplifiés en République populaire de Chine en 1956. Les caractères traditionnels conservés hors de la Chine continentale différent parfois légèrement entre Taïwan et Hong Kong. On trouve différents systèmes de transcription pour le cantonais et le mandarin, dont:

  • le système EFEO de l’Ecole Française d’Extrême Orient;
  • les romanisations Wade-Giles (pour le mandarin) et Yale (pour le cantonais et le mandarin), antérieures au pinyin, utilisées dans les pays anglo-saxons ;
  • le pinyin (漢語拼音, 汉语拼音, hàn yǔ pīn yīn) ,  qui est le système officiel de la République Populaire de Chine de transcription phonétique du mandarin  en écriture latine. Le mandarin  qui est considéré comme la « langue commune » (普通話, pǔ tōng huà ).
Ouverture à Taipei, en 2011, du festival des caractères chinois des deux rives

第四屆兩岸漢字藝術節 – Ouverture à Taipei, en 2011, du festival des caractères chinois des deux rives

Ce qui explique que l’on rencontre de nombreuses graphies par exemple pour le terme tai chi chuan:

  • 太极拳 en chinois simplifié ou  太極拳 en chinois traditionnel
  • tàijíquán si on utilise le pīnyīn  ,
  • tai-ki k’iuan ou tai-ji-quan pour les auteurs, enseignants ou pratiquants  qui ont gardé l’habitude d’utiliser les transcriptions de l’Ecole Française d’Extrême Orient,
  • taï chi ch’üan dans la transcription anglaise de Thomas Wade et de Herbert Giles ou Wade
  • ainsi que d’autres transcriptions: taiji quan, tai tchi chuan, taidji kuen, …
  • tai-chi-chuan ou tai-chi est une entrée dans le Larousse
  • en français, quelques mots gardent une orthographe issue de la transcription Wade-Giles, comme taoïsme au lieu de daoïsme, ce qui entretient des confusions. Par exemple, celle faite entre le chi de tai-chi-chuan et celui de ch’i kung, alors qu’en pinyin la distinction est évidente : qì gōng et tài jí quán.

Le tai chi chuan comme le qi gong sont des pratiques de réalisation liées à la philosophie, à la pensée et à la culture chinoise. Si ces pratiques se transmettent avant tout d’homme à homme, au sein de lignées, elles sont aussi éclairées et transmises par des textes dont la compréhension se heurte aux difficultés inhérentes à toute traduction.

Difficultés qu’illustre le texte suivant de Yu Zhou: Je me souviens d’un dîner avec un parisien eu pékinois, dans un restaurant de la capitale il y a quelques années. Mon ami français parlait d’une dame qu’il qualifiait de « très seizième ». Malgré plusieurs années d’études de français en Chine, mon ami pékinois ne comprenais pas cette expression. Il me demanda son sens et je lui ai répondu en plaisantant que c’était difficile à expliquer le temps d’un repas, qu’il serait probablement possible d’écrire un mémoire sur ce sujet.
Cette anecdote nous révèle un des nombreux termes intraduisibles que nous rencontrons quotidiennement et, dans notre exemple, ce n’est qu’un petit mot!
Dans d’autres domaines, comme la poésie, c’est souvent le poème entier qui est intraduisible. Prenons l’exemple de deux vers très connus en Chine:
骏马秋风塞北
Coursier, vent d’automne et nord de la Grande Muraille;
杏花春雨以南
Fleur d’abricotier, pluie de printemps et sud du fleuve Bleu.
Pour un lecteur français, c’est sans doute difficile à apprécier dans cette traduction littérale, pour plusieurs raisons.D’abord, la musicalité du poème original est perdue dans la traduction française, car en chinois chaque caractère se prononce avec l’un des quatre tons et a été soigneusement choisi selon une règle stricte de tons pour former une sorte de musicalité qui n’a pas d’équivalent en français1.Ensuite, on n’est pas habitué à une juxtaposition d’images sans aucun verbe. Cette manière d’écrire est très courante dans la poésie classique chinoise. On peut même la comparer avec la technique du montage en cinéma: le coursier et la fleur d’abricotier constituant le plan proche, le vent d’automne et la pluie de printemps le plan du milieu, et le nord de la Grande Muraille ainsi que le sud du fleuve Bleu le plan éloigné. L’auteur2, en utilisant seulement quelques symboles, dessine les paysages et les climats typiques du nord et du sud de la Chine.Enfin, chaque expression des deux vers a un sens qui va au-delà du terme lui-même, comme par exemple le sud du fleuve Bleu. Bien qu’elle soit un simple expression géographique désignant la région autour de Shanghai, elle a probablement autant de sens pour un Chinois que le mot « Paris » pour un Occidental. Car cette region est depuis mille ans le cenire economique et culture! du pays Combien d’évènements, de personnages ont défilé sur cette terre ancestrale ? Ce n’est qu’un ensemble de mots, certes, mais il faudrait lui consacrer un livre entier pour le connaltre véritablement. Une langue n’est pas comme le langage informatique, universel. Elle est liée a la culture d`un peuple. Par exemple, il se peut que l’expression « seizième » ne soit pas comprise par des Français de province, car c’est une façon de parler parisienne. Claude Levi-Strauss évoque même les « incommensurabilités des cultures », « même si l’on a maîtrisé la langue et tous les autres moyens extérieurs de l’approcher ». Selon lui, « à qui n`y est pas né, n’y a pas grandi, n`y a pas été éduqué et instruit, un résidu où se trouve l’essence la plus intime de la culture restera toujours inaccessible »3.

in La baguette et la fourchette: Les tribulations d’un gastronome chinois en France, de Yu Zhou

  1. En chinois mandarin, il existe quatre tons dont le rôle est aussi déterminant que celui d’une consonne ou d’une voyelle pour différencier une syllabe et un sens. Prenons par exemple la série de syllabes xue aux quatre tons : le premier ton lui donne le sens de « botte», au deuxième ton, xue signifie « étudier», au troisième ton « neige », au quatrième ton « sang». Bien entendu, chacun de ces sens est noté par un caractère différent (Grand Larousse universel, Larousse-Bordas, 1997).
  2. Le deuxième vers « Fleur d’abricotier, pluie de printemps et sud du fleuve Bleu» est en réalité le dernier vers d’un poème écrit par Yu Ji (1272-1348). Ce vers est considéré comme l’un de plus beaux vers de la dynastie des Yuan. Le premier vers « Coursier, vent d’automne et nord de la Grande Muraille» est écrit par un anonyme pour former une paire de sentences parallèles, qui depuis lors est devenue plus connue que le poème d’origine.
  3. Claude Lévi-Strauss, L’Autre Face de la Lune , op. cit.
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Nuage~Pluie

Ex quo profecto intellegis quanta in dato beneficio sit laus, cum in accepto sit tanta gloria.

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