Leçons sur Tchouang-Tseu

Extrait

Dans l’ensemble, les exégètes et les traducteurs qui m’ont précédé me semblent avoir abordé le Tchouang-tseu de quatre façons. Le plus souvent, ils l’ont traduit et commenté en s’inspirant de l’exégèse chinoise traditionnelle. Certains ont cherché à préciser ou à renouveler cette exégèse en recourant à l’histoire des idées et à l’histoire religieuse de la Chine ancienne. D’autres ont privilégié l’étude philologique du texte. Ils s’en sont généralement tenus aux questions de transmission, de provenance et d’authenticité. Les derniers ont tenté d’innover en rapprochant tel motif du Tchouang-tseu de certaines idées propres à tel philosophe occidental, le plus souvent contemporain. Bien qu’utiles jusqu’à un certain point, ces procédés m’ont paru bien peu satisfaisants mais, pendant des années, je n’en ai pas vu d’autres. Puis une idée m’est venue : le Tchouang-tseu, me suis-je dit, n’est pas un texte quelconque. Cet ouvrage est, au moins en partie, l’œuvre d’un philosophe. Et par « philosophe », j’entendais un homme qui pense par lui-même, en prenant pour objet de sa pensée l’expérience qu’il a de lui-même, des autres et du monde ; qui s’informe de ce que pensent ou de ce qu’ont pensé avant lui les autres philosophes ; qui est conscient des pièges que tend le langage et en fait par conséquent un usage critique.

Présentation

Dans ces cinq leçons prononcées au Collège de France sur l’oeuvre de Tchouang-Tseu, figure tutélaire de la pensée taoïste, Jean François Billeter, en partant chaque fois du texte même, qu il traduit de façon scrupuleuse et sans a priori philosophique, parvient à faire émerger le sens d une pensée qui n’a rien d’abscons, déconcertante parfois mais toujours précise et profonde.

Biographie de l’auteur

Jean François Billeter a fait œuvre de pionnier. Il est né à Bâle en 1939, a fait des études de lettres à Genève, puis de chinois à Paris et, premier étudiant suisse en République populaire de Chine, à Pékin de 1963 à 1966. Il les a poursuivies à Paris, Kyoto et Hong Kong et terminées par une thèse sur Li Zhi (1527-1602). Il a été assistant à Zurich et a créé dans les années 70, à l’Université de Genève, le premier enseignement d’histoire chinoise de Suisse romande, puis le premier enseignement complet d’études chinoises.

Avec son épouse Wen Billeter 崔文 (1940-2012), qui était d’origine pékinoise, il a innové en matière d’enseignement de la langue et d’analyse de la syntaxe du chinois. En 1989, il a publié chez Skira la premier ouvrage de synthèse sur la calligraphie chinoise, qui est devenu un classique et qui a été réédité dans une version remaniée chez Allia en 2010 : Essais sur l’art chinois de l’écriture et ses fondements.

Il a quitté l’université en 1999 pour pouvoir se consacrer aux travaux que l’enseignement ne lui permettait pas de mener à bien, publiant à cette occasion un Mémoire sur les études chinoises à Genève et ailleurs dans lequel il résumait son expérience d’enseignant. Dans trois ouvrages, dont les Leçons sur Tchouang-tseu, données au Collège de France en 2000, il a profondément renouvelé l’étude de ce philosophe chinois ancien, mort vers 280 avant notre ère. De cette étude est sortie une pensée philosophique autonome dont il a récemment livré une première ébauche dans Un Paradigme. Il a de nombreux projets.

Médiagraphie

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Nuage~Pluie

Ex quo profecto intellegis quanta in dato beneficio sit laus, cum in accepto sit tanta gloria.

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