Le Voyageur chérubinique

Extraits

Dieu ne donne à personne. Il est offert à tous,
et peut, si tu ne veux que Lui, être ton bien.
Ni le monde ni Dieu ne peuvent te troubler ;
c’est toi-même, en fait, qui t’inquiètes des choses.
Il n’est rien qui te meuve et toi-même es la roue,
qui d’elle seule court et n’a pas de repos.
Dieu est le grand Prodige, car il est ce qu’il veut,
et veut tout ce qu’il est, sans mesure ni but.
Homme, comment peux-tu former désir quelconque
Quand tu renfermes Dieu en toi et toutes choses.
Vois que ce monde passe. Non, il ne passe pas.
Dieu n’efface de lui que son obscurité.
Tu dois être limpide et habiter l’instant
pour qu’en toi Dieu se voie et doucement repose.
L’entier abandonné est toujours libre et un ;
de lui à Dieu, peut-il y avoir différence ?
Que désirer encore, quand tu peux à toi seul
être le ciel, la terre et des myriades d’anges ?
La Sagesse a plaisir d’être avec ses enfants.
C’est que, merveille, elle est elle-même un enfant.
Toi-même fais le temps, tes sens en sont mesure.
Que l’inquiétude cesse et c’en est fait de lui.
Je ne sais vers quoi tendre ! Tout m’est un : lieu, non lieu,
éternité et temps, nuit et jour, joie et peine.
La vacuité parfaite est comme un vase noble
qui contient du nectar : il a, mais ne sait quoi.
Les créatures sont la voix de la Parole
qui résonne et se chante en douceur et courroux.
La rose est sans pourquoi, fleurit car elle fleurit,
ne se regarde pas, ni cherche à être vue.
Quelle stupidité d’aller boire à la flaque,
et laisser la fontaine au cœur de la maison.

Présentation de l’éditeur

Angelus Silesius appartient à la grande lignée de la mystique allemande. Il écrit une poésie d’ombres et de lumières, il excelle dans les paradoxes. Tout se renverse en deux vers : pour bien servir Dieu, il faut aller au-delà de Dieu même -, il faut rejeter ceux qui nous séparent de Dieu, les anges, mais pour atteindre une  » surangélité  » dont Silesius dit qu’elle est l’essence de l’homme. L’objet du mystique est même un au-delà de la divinité, que l’homme n’atteint qu’en refusant de rester un homme. Ce sont souvent des philosophes qui ont su comprendre Angelus Silesius. Leibniz reconnaît la beauté de son œuvre. Hegel et Schopenhauer saluent sa profondeur de vue. Wittgenstein le lisait. Mais au XXe siècle, la renommée d’Angelus Silesius a tenu surtout dans une fleur, cette fameuse rose qui est  » sans pourquoi « , étudiée par Heidegger.

  • Le Voyageur chérubinique
  • Auteur: Angelus Silesius
  • Traducteur: Maël Renouard
  • Editeur : Rivages
  • Collection : Rivages poches
Angelus Silesius

Johannes Scheffler (1624 – 1677), est un poète et mystique allemand. Élevé dans le luthéranisme, il découvre au cours de ses études les œuvres de certains mystiques du Moyen Âge, ainsi que celles de Jakob Böhme par l’intermédiaire d’Abraham von Franckenberg. Son mysticisme et ses critiques de la confession d’Augsbourg le placent dans une position difficile vis-à-vis des autorités luthériennes, et le conduisent à se convertir au catholicisme en 1653 ; c’est alors qu’il prend le nom d’Angelus Silesius, le messager de Silésie. Entré chez les Franciscains, il est ordonné prêtre en 1661. Il se retire dix ans plus tard dans une maison jésuite, où il passe le reste de sa vie.

Converti enthousiaste, Angelus Silesius cherche à ramener au catholicisme les protestants de Silésie, écrivant au moins 55 tracts et pamphlets, publié en deux volumes sous le titre Ecclesiologia en 1677. Il est principalement connu aujourd’hui pour sa poésie religieuse, et en particulier pour deux ouvrages publiés en 1657 : Les saints désirs de l’âme (Heilige Seelenlust), un recueil de 200 hymnes qui ont par la suite été utilisés aussi bien par les catholiques que par les protestants, et Le pèlerin chérubinique (Der Cherubinischer Wandersmann), un recueil de 1676 poèmes courts, principalement en alexandrins. Sa poésie explore les thèmes du mysticisme, du quiétisme et tend dans une certaine mesure au panthéisme, tout en restant dans le cadre de l’orthodoxie catholique.
Maël Renouard

Né en 1979, Maël Renouard est un ancien élève de l’ENS, agrégé de philosophie ; il enseigne actuellement à l’Université de Paris-I. Outre quelques articles de critique littéraire et de philosophie, il a publié en 2002 une nouvelle traduction d’Ainsi parla Zarathoustra, de Nietzsche.
La rose est sans pourquoi de Angelus Silesius chez Albin Michel dans la collection Les Carnets du calligrapheLa rose est sans pourquoi de Angelus Silesius chez Albin Michel dans la collection Les Carnets du calligrapheL'errant chérubinique de Gérard Pfister, Angelus Silesius, Roger Munier édité par Arfuyen dans la collection OmbreAinsi parla Zarathoustra de Friedrich Nietzsche, Maël Renouard chez Rivages dans la collection Rivages pocheAinsi parla Zarathoustra de Friedrich Nietzsche, Maël Renouard chez Rivages dans la collection Rivages poche

Le Pèlerin chérubinique de Angelus Silesius, Camille Jordens édité par Cerf dans la collection Sagesses chrétiennes

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Nuage~Pluie

Ex quo profecto intellegis quanta in dato beneficio sit laus, cum in accepto sit tanta gloria.

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