La voie des fleurs

Le zen dans l’art japonais des compositions florales

Tokonoma et porte kimono, Utagawa Kuniyoshi, période Edo, 1615-1868

C’est pourquoi un bon instructeur est difficilement satisfait du travail de son élève, et sans même lui en donner la raison, l’oblige à recommencer bien des fois. En effet, la substance réelle de l’enseignement se dévoile seulement à celui qui est préparer à l’assimiler et à la saisir en toute occasion où elle s’offre à lui. Son « esprit véritable » ne saurait être exprimé en langage clair. Les mots sont tout au plus des repères  pour aller vers la profondeur. Il est dit : « Celui qui parle ne sait pas, celui qui sait ne parle pas ». Aussi le Maître se borne-t-il le plus souvent à exécuter devant son élève une composition pouvant lui servir de modèle. Le devoir de l’élève est de retrouver dans l’exemple proposé l’élément insaisissable qui est sa raison d’être, et. en partant de cette forme visible, de pénétrer jusqu’à l’invisible en quoi elle est fondée.

En s’exerçant durant des années, l’élève peut acquérir la disposition mentale qui lui permettra de réaliser des œuvres valables de ce point de vue. Même les réalisations les plus simples sont approuvé par le Maître, si elles expriment quelque chose de cet élément originel. Mais une construction correcte du seul point de vue technique le laisse indifférent et froid. Elle n’est pas vivante.

Par cette manière d’enseigner, le Maître se propose de transmettre à son élève l’esprit vivant de la doctrine; il l’aide ainsi de la manière la plus efficace, et sans intervenir directement, à se développer progressivement sur le plan spirituel propice à la maturation de son expérience et de sa faculté créatrice.

Tel était le mode d’enseignement du Maître Bokuo Takeda.

Présentation

Formé au Japon pendant plusieurs années par Maître Bokyo Takeda, Gusty L. Herrigel, la femme de l’auteur de Le Zen dans l’art chevaleresque du tir à l’arc, s’emploie à la même méditation Zen dans le monde des fleurs. Autrement dit : comment atteindre cet « autre chose » qu’il nous reste à découvrir par la maîtrise d’une technique. Dans ce sens, le Zen est étroitement apparenté à tous les arts : à la peinture comme à la cérémonie du thé, à l’arrangement des fleurs comme à l’escrime ou au tir à l’arc : au Japon, on n’étudie pas un art pour l’amour de l’art, mais pour les clartés spirituelles qu’il dispense. Comme pour Vie du thé, esprit du thé de Soshitsu Sen ou La Mystérieuse Beauté des jardins japonais de François Berthier publiés récemment chez Arléa, il s’agit d’apprendre à vivre en harmonie avec le monde extérieur – et ce jusqu’au cœur des fleurs -, ou dans notre monde intérieur, en accord avec soi-même.

Gusty Luise Herrigel

Gusty Luise Herrigel (1884-1955) est spécialiste de la peinture au lavis et de l’art floral japonais. Elle a vécu au Japon entre 1924 et 1930 et a soutenu en 1929 un examen public de maîtrise en arrangements floraux devant maître Bokuyo Takeda, diplôme qui lui a conféré le nom d’artiste « Lune ascendante ». Elle fut également la femme d’Eugen Herrigel, auteur du succès Le zen dans l’art chevaleresque du tir à l’arc. Après la mort de celui-ci en 1955, elle rassembla et compila des textes sur le Zen rédigés par lui, mais jamais édités de la volonté même de Herrigel. L’ouvrage posthume qu’elle en tira fut publié en 1958 sous le titre Der Zen-Weg (La voie du zen).

Le zen dans l'art chevaleresque du tir à l'arc Broché de Eugen Herrigel chez Dervy dans la collection L'être et l'espritLe zen dans l'art chevaleresque du tir à l'arc Broché de Eugen Herrigel chez Dervy dans la collection L'être et l'espritLa voie du zen de Eugen Herrigel, Hermann Tausend, Gusty Herrigel édité par Maisonneuve et Larose dans la collection EsoterismeLa voie du zen de Eugen Herrigel, Hermann Tausend, Gusty Herrigel édité par Maisonneuve et Larose dans la collection Esoterisme

Photo du profil de Dominique Clergue

Dominique Clergue

Troisième dan Aïkikaï de Tokyo, professeur de la FEQGAE - Union Pro Qi Gong et de la Fédération des Écoles Cheng Man ching, Dominique a créé l'école Nuage~Pluie en 1998.

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1 réponse

  1. Excellent livre de poche. Une immersion profonde et toute en délicatesse dans cet art japonais. Au fils de la lecture, les fragrances arrivent à vous chatouiller les narines. Depuis je compose mes bouquets différemment, ensuite je dispose de ces fleurs dont l’heure de gloire s’achève avec tous les égards mérités. Le descriptif de l’enseignement de ce maitre amène à la réflexion sur ce que l’on étudie, ce que l’on reçoit, ce que l’on interprete, ce que l’on croit faire, ce qui est perçu… c’est sans fin…

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