La non-pensée

Lorsque l’eau est tranquille, elle peut refléter la barbe et les sourcils et sa surface est si unie qu’elle peut servir de niveau au maître charpentier. Si la tranquillité de l’eau permet de refléter les choses, que ne peut celle de l’esprit ? Qu’il est tranquille, l’esprit du saint !

Il est le miroir de l’univers et de tous les êtres. Le vide, la tranquillité, le détachement, l’insipidité, le silence, le non-agir sont le niveau de l’équilibre de l’univers, la perfection de la voie et de la vertu. C’est pourquoi le souverain, le roi et le saint demeurent toujours en repos. Ce repos conduit au vide, un vide qui est plénitude, une plénitude qui est totalité (…) le vide, la tranquillité, le détachement, l’insipidité, le silence et le non-agir constituent le principe de tous les êtres.

in Œuvre complète de Tchouang-tseu, traduction de Liou Kia-hway

On doit vénérer le non-agir, la non-pensée. le vide. afin que l’esprit ne soit pas dominé. Qui ne possède pas ce secret s’applique intentionnellement au non-agir, à la non-pensée, au vide. Mais s’appliquer ainsi a eux. c’est toujours les avoir présents à l’esprit. et donc se laisser dominer par la pensée du vide. alors qu’en réalité celui-ci ne consiste en rien d’autre qu’échapper a toute domination. Se laisser asservir par le vide. c’est le contraire de la vacuité. Le non-agir du vide ne fait pas du non-agir une loi constante ; aussi. ne faisant pas du non-agir une loi constante. est-il vide. Le vide apporte la plénitude de la vertu – la plénitude de la vertu n’est rien d’autre que la Vertu supréme. D’ou la formule: « La Vertu supréme n’agit ni ne veut. » » [Daodejing trad. J. Levil

in Petite histoire de la Chine

Visage - peinture de Laurel Holmes

Comment arrêter de penser et atteindre la Non-Pensée ?

un texte de Acharya Shree Shankar

Chères âmes,

Il y a tellement de questions souvent posées concernant la vie spirituelle. Les plus populaires sont « Comment arrêter de penser ? », « Comment atteindre l’état de Non- Pensée ? ».

Laissez-moi vous dire une chose : la pensée ne peut pas être arrêtée. Quand je dis cela, n’imaginez pas qu’elle ne s’arrête pas, mais tout ce que je veux dire c’est qu’elle ne peut pas être arrêtée et si elle s’arrête alors elle s’arrête de son propre accord. Ceci doit d’abord être compris car sinon vous devenez fous en chassant vos pensées, en courant derrière vos pensées. L’état de Non-Pensée ne peut pas être atteint en arrêtant de penser ; mais quand la pensée n’est plus, la Non-Pensée EST. Chaque effort que vous ferez pour arrêter créera une résistance, un conflit avec vous-même et vous serez en dilemme constant à l’intérieur. Donc soyez sûr que cela ne vous aidera pas. Certains pourront forcer pendant quelques instants, quelques secondes, mais ce n’est pas du tout la réelle Non-Pensée car ces instants ne sont que la conséquence des efforts pour calmer le mental. On peut appeler ça le « calme » mais pas le « silence » qui se produit naturellement. Personne ne peut forcer le silence, c’est impossible, c’est un phénomène naturel. Mais quand vous forcez le calme ce n’est pas le silence du tout. Dans ces états forcés, en profondeur au niveau inconscient, le mental réprimé continue de fonctionner – donc vraiment il n’y a pas de moyen d’arrêter le mental mais cela ne signifie pas que le mental ne peut pas s’arrêter du tout. Il s’arrête mais le fait de lui-même.

Alors que faire ? Quelle est la technique ? La réponse est simple : juste observer, n’essayez pas d’arrêter, il n’est besoin de faire aucune action contre le mental. Et d’ailleurs qui le ferait ? le mental se battant contre le mental lui même. C’est une guerre civile avec votre propre mental. Ce serait simplement absurde. Cela peut vous rendre fou. N‘essayez jamais d’arrêter le mental ou de penser à quelque chose, juste observez-le, laissez le complètement aller en toute liberté. Laissez-le aller comme il veut, laissez-le avoir sa propre liberté, laissez-le aller aussi vite qu’il veut. Simplement, ne le contrôlez pas d’aucune façon, ne le jugez même pas. Simplement, laissez-le être. Tout ce que vous avez à faire, c’est juste d’observer. Soyez simplement un témoin. C’est très beau. C’est comme aller au cinéma et regarder un film où l’on observe juste l’image sur l’écran. De la même façon observez juste vos pensées. Le mental est quelque chose qui n’est pas compris par la science même aujourd’hui. C’est tellement compliqué et démesurément puissant à la fois. Simplement observez-le, juste observez ce qui se produit, ne jugez pas et ne le voyez pas comme un ennemi. Juste regardez, c’est tout, sans absolument aucun préjugé. Si vous jugez lorsque vous regardez vous avez déjà tiré une conclusion. J’insiste sur le fait que vous ne le voyiez pas comme un ennemi car une fois que vous voyez quelque chose comme un ennemi, vous ne pouvez pas voir profondément à l’intérieur, vous pouvez voir profondément à l’intérieur de quelque chose seulement lorsque vous regardez cela avec un grand respect, un amour profond. Le mental n’est pas mauvais, ni votre pensée, c’est juste comme des nuages qui se déplacent dans le ciel. Laissez les pensées aussi passer dans votre ciel intérieur. Soyez simplement un amoureux et non un combattant. Observez simplement les subtiles nuances de votre mental. Les soudains virages, les beaux virages, les soudains sauts, l’imagination, la mémoire, les millions de projections qu’il crée. Observez sans vous impliquer, juste en observant.

Plus profond devient votre sens de l’observation, plus profond devient votre niveau de conscience, et des espaces commencent à émerger et des intervalles commencent à émerger entre les pensées. Une pensée vient et une autre n’est pas venue : il y a un espace. Un nuage est passé, un autre vient : il y a un espace. Dans ces espaces pour la première fois vous aurez des aperçus de la Non-Pensée. Vous aurez le goût de la Non- Pensée. Vous pouvez appeler ce goût Satori, Zen, Yoga ou quelque autre nom que vous vouliez lui donner. Dans ces petits intervalles, soudainement le ciel est clair et le soleil brille. Soudainement le monde est plein de mystères car toutes les barrières sont tombées. L’écran devant vos yeux n’est plus là. Maintenant vous allez le voir clairement, toute l’existence va devenir transparente. Ceux-ci sont de petits moments mais ils vont vous donner un aperçu de ce qu’est le Samadhi, de petits paquets de silence qui viendront et disparaîtront mais au moins vous saurez que vous êtes sur la bonne voie. Vous allez commencer à observer encore, quand une pensée passe vous l’observez, quand un intervalle passe vous l’observez. Maintenant vous ne choisirez plus les nuages et le soleil comme je vous l’ai expliqué mais vous verrez juste la beauté des nuages aussi bien que la beauté du soleil. Maintenant à ce stade ne négociez pas seulement pour des intervalles. C’est de la folie car quand vous devenez attaché à vouloir uniquement les intervalles, alors vous avez décidé encore contre la pensée, alors maintenant ces intervalles disparaîtront. Ils se produiront simplement mais ne peuvent pas être fabriqués ou achetés, vous ne pouvez pas les forcer. Ils se produiront spontanément, continuez juste à observer, laissez les pensées aller et venir chaque fois qu’elles le souhaitent, laissez juste cela se produire et juste observez-le. Laissez les pensées bouger en totale liberté. Et ensuite de plus grands intervalles viendront. Vous serez bénis avec de petits Satoris. Quelques fois des minutes passeront et aucune pensée ne sera là. Il n’y aura pas de trafic, un état de total silence, imperturbable. Quand de plus grands espaces viendront, vous n’aurez pas seulement la clarté de voir à l’intérieur du monde, avec de plus grands espaces une nouvelle clarté émergera, vous serez capable de voir dans le monde intérieur. Avec les premiers espaces vous verrez à l’intérieur du monde. Vous serez soudainement dans la présence de Dieu, qui vous touchera bien que vous ne puissiez pas le saisir : à votre portée et pourtant au-delà. Avec de plus grands espaces, la même chose se produira à l’intérieur. Dieu ne sera pas seulement à l’extérieur, vous serez soudainement surpris, Il est à l’intérieur aussi. Il n’est pas seulement dans le vu ; Il est aussi dans le voir – en dedans et en dehors mais ne vous attachez pas à cela non plus. L’attachement est la nourriture qui permet au mental de continuer. L’observation non attachée est la façon de l’arrêter sans aucun effort pour l’arrêter. Et quand vous commencez à profiter de ces instants de félicité, votre capacité à les retenir pour de plus longues périodes se développent. Finalement, inexorablement, un jour, vous devenez un maître. Alors lorsque vous voulez penser vous pensez; si la pensée est nécessaire vous l’utilisez; si la pensée n’est pas nécessaire vous la laissez reposer. Non pas que le mental ne soit plus là : le mental est là mais vous pouvez l’utiliser ou ne pas l’utiliser. Maintenant c’est votre décision. Juste comme vos mains, vous pouvez les utiliser quand vous le souhaitez et quand vous ne le souhaitez pas vous pouvez les laisser se reposer aussi. Alors que j’écris cet article j’utilise mon mental également. Pendant mes satsangs ou mes retraites, quand quelqu’un me pose une question j’utilise mon mental aussi mais après cela quand ce n’est pas nécessaire, il se repose. S’assoir à un endroit en silence n’arrête pas le mental. Il continue encore et encore jour et nuit. Vous devez remarquer une chose ici : le mental pense jour et nuit en continu, pendant plusieurs décennies et emmagasine tellement de données. C’est vraiment mystérieux qu’autant de choses puissent être emmagasinées dans un aussi petit mental. Toute une bibliothèque est à l’intérieur, il est capable de tellement de choses, tellement illimité. Les scientifiques ne pourront jamais créer un ordinateur qui soit similaire au mental car le mental est fait de telle façon qu’il peut se rappeler tout, emmagasine tellement de choses et ne fait pas de bruit. Avez vous observé cela ? C’est le seul disque dur qui ne fait pas de bruit du tout. Personne ne sait quelle est la capacité du mental. Quand vous mourez, tout dans votre corps est prêt à mourir mais pas le mental. C’est pourquoi en Orient nous disons que le mental quitte le corps et entre dans un autre utérus, car il n’est pas encore prêt à mourir. La renaissance est celle du mental. Une fois que vous avez atteint l’état de Samadhi, la Non-Pensée, alors il n’y aura pas de renaissance, alors vous mourrez simplement et avec votre mort, tout sera dissout, c’est à dire votre corps, votre mental : seule votre âme observante restera. C’est au delà du temps et de l’espace. Alors vous devenez un avec l’existence, alors vous n’en êtes plus séparé. La séparation vient du mental. Mais il n’y a pas de moyen de l’arrêter de force. Juste observer est suffisant.

Certaines personnes font tout pour arrêter le mental. Ils sont trop pressés. Souvent j’entend des gens, particulièrement ceux qui vont dans les pays comme le Pérou où les drogues sont largement utilisées pour des pratiques spirituelles. Ils peuvent appeler ça un rituel pour accéder à un plus haut niveau de conscience ou quoique ce soit mais le but est le même : arrêter le mental. Vous pouvez forcer le mental à s’arrêter en utilisant de telles drogues ou psychotropes, mais là encore vous êtes violents dans la façon de faire qui est destructive et de cette façon vous essayez de devenir maître de vous même, maître de votre mental, mais les drogues sont devenues votre maître maintenant et pas vous. Vous ne deviendrez pas un maître mais les drogues le deviendront car elles sont la source de l’interruption de votre mental. Vous avez simplement changé le patron et avez changé pour le pire en choisissant les drogues. L’importance de la méditation entre en jeu à ce stade. La méditation est la façon de comprendre le mental sans aller contre le mental, mais bien sûr vous devez être très patient car le mental est passé à travers toutes les expériences des animaux, oiseaux, plantes, pierres. Vous avez traversé tellement d’expériences d’humanité. Vous portez la complète expérience de l’existence. En fait, je veux vous parler d’un phénomène mystérieux. Dans notre vie nous pouvons rencontrer beaucoup de gens mais nous pouvons d’une certaine façon comparer tellement d’individus ayant chacun un mental propre, qui sont semblables à d’autres comme personne A, personne B, personne C … personne Z, ou personne A et personne X ont dû avoir la même façon de penser, les même pensées et le même être que j’appelle « inconscient collectif » car de cette façon nous pouvons dire que nous appartenons l’un à l’autre. Les corps sont séparés mais les « mental » ne le sont pas. Nos « mental » se superposent et nos âmes sont une. Les corps séparés, les « mental » superposés, les âmes sont une. Je n’ai pas une âme différente et vous n’avez pas une âme différente. Tout au centre de l’existence nous nous rencontrons et nous sommes un. C’est de cela qu’il s’agit quand on parle de Dieu, le point de rencontre de tous. Entre Dieu et le monde – ici le monde concerne les corps – se trouve le mental. Le mental est le pont, un pont entre le corps et l’âme, entre le monde et Dieu.

Juste observez, soyez en alerte et abandonnez cette idée d’arrêter le mental, car sinon cela arrêtera la transformation naturelle du mental. Laissez les pensées passer à travers votre mental, ne vous y attachez pas, juste observez et amusez-vous en. La Non-Pensée n’est pas contre le mental; la Non-Pensée est au-delà du mental, ce qui signifie que vous n’êtes plus dans le mental. La Non-Pensée ne vient pas en tuant ou détruisant le mental : la Non-Pensée vient quand vous avez compris le mental si totalement que penser n’est plus nécessaire : votre compréhension à remplacé cela. Au fur et à mesure que vous observez le mental de plus en plus, il vous amènera automatiquement vers l’état de Non- Pensée.

Love and Bliss to you

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Nuage~Pluie

Ex quo profecto intellegis quanta in dato beneficio sit laus, cum in accepto sit tanta gloria.

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