Introduction à la pensée chinoise

Nicolas Zufferey

Extrait

Le corps intérieur

Au « corps-objet » des Occidentaux s’opposerait le « corps propre » des Chinois anciens.

Avant de commenter le chapitre 15 du Laozi, J. F. Billeter propose une digression intéressante sur une perception du corps qui, inhabituelle pour nous, revêt selon lui une grande importance dans la pensée et la médecine chinoises.

Les Occidentaux se représentent leur corps comme un objet extérieur, un « corps-objet », une représentation avant tout visuelle, construite à partir de l’observation extérieure du corps — le plus souvent du ou des corps d’autrui. À cette notion de corps-objet J. F. Billeter oppose celle de « corps propre », soit en quelque sorte le corps intérieur, tel qu’il est saisi d’une façon immédiate par la sensibilité proprioceptive – la perception que nous avons de la présence, des états et des mouvements de notre propre corps. Les Chinois anciens disposent d’un vocabulaire subtil pour désigner cette perception intérieure : nèi shì 内视  (« regard intérieur n), fǎn zhào  反 照 (« regard
inversé ») et fǎn tīng 反 聽 (« écoute inversée »).

Selon J. F. Billeter, pour un Occidental il est difficile de décrire d’une façon précise ou d’appréhender d’une manière intellectuelle le corps propre, en premier lieu parce que nous privilégions la vue, le sens qui nous paraît le mieux garantir une sorte d’objectivité, sur le proprioceptif ; ensuite parce que nous n’avons pas développé de modèle nous permettant de déchiffrer et d’exprimer ces données proprioceptives. Au contraire, grâce à leur « vision énergétique » d’un corps conçu comme un système de circulation de souffles et de fluides (qì 氣), les Chinois anciens auraient disposé d’un outil adapté pour identifier et conceptualiser les données de la sensibilité
proprioceptive, puis pour proposer des techniques de travail du souffle afin d’agir sur ce corps — d’où leur intérêt pour le qigong et le tàijíquán 太極拳, d’où aussi l’importance de la vision holistique du corps dans la médecine traditionnelle.

Présentation

L’ouvrage de Nicolas Zufferey, très accessible au grand public, passe en revue tous les courants de la pensée : confucianisme, taoïsme, bouddhisme, les cent écoles… Il donne des bases et des repères et permet d’établir des liens avec les questions contemporaines que sont les droits de l’homme ou les valeurs asiatiques.

Biographie de l’auteur

Nicolas Zufferey est professeur de langue et de civilisation chinoises à l’université de Genève. Il a publié de nombreux ouvrages et études sur la pensée chinoise, dont une traduction partielle des Discussions critiques du penseur Wang Chong et un ouvrage sur la genèse du confucianisme: To the Origins of Confucianism: The ‘ru’ in Pre-Qin Times and during the Early Han Dynasty.

Discussions critiques de Wang Chong, traduit par Nicolas Zufferey chez Gallimard dans la collection Connaissance de l'Orient - chinoiseDiscussions critiques de Wang Chong, traduit par Nicolas Zufferey chez Gallimard dans la collection Connaissance de l'Orient - chinoise

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Ex quo profecto intellegis quanta in dato beneficio sit laus, cum in accepto sit tanta gloria.

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