La flûte des origines

Extrait

Analogie entre le Ney et l’être humain

Cheikh Muzaffer Al Cerrahî allait plus loin dans l’analogie entre le Ney et l’être humain:
«Dans la jonchaie ou “pays des Ney”, disait-il, le Ney était un simple roseau vivant parmi les siens, comme l’était l’homme avant qu’il soit revêtu de chair et d’os. Le destin a frappé le roseau le matin où le Joueur de Ney l’a arraché à sa patrie, coupant la tige pour en faire une flûte. Les nœuds répartis sur la tige empêchent le souffle du joueur de la traverser : il doit les brûler au fer rouge. Sans le Neyzen, la flûte ne serait rien: elle ne peut d’elle-même tirer des sons; mais le souffle du joueur ne pourra la traverser que si, au préalable, elle a été évidée… débarrassée des “voiles” ou nœuds qui l’obstruent intérieurement.
«Le Neyzen perce ensuite sept trous. En ouvrant ou en fermant avec ses doigts l’un ou l’autre de ces trous, il entreprend des “voyages” sur des maqâms. Il tire de la flûte des mélodies.
« De même l’être humain. Ses voiles – passions – sont autant d’obstacles à l’inspiration divine. Comme le Ney, il est percé de trous les organes des sens par lesquels peut, ou non, se manifester l’inspiration divine. Libéré de ses voiles, un homme choisira ce qu’il veut toucher, voir, sentir… les paroles qu’il veut prononcer, composant avec tout son être une mélodie : il deviendra harmonieux. En chacun de nous, comme à l’intérieur du Ney, le passage de l’inspiration divine est plus ou moins obstrue par des voiles.

  • La flûte des origines
  • Auteur: Kudsi Erguner, Dominique Sewane
  • Editeur : Plon
  • 10 octobre 2013
  • Collection : Terre humaine

Cette autobiographie inédite de Kudsi Erguner est consacrée à la spiritualité de peuples ayant adhéré au message du Prophète. Ce livre est issu d’entretiens avec Dominique Sewane, anthropologue des religions, lentement organisés durant cinq années de dialogue. Le souffle inspiré de ce témoignage nous fait prendre conscience de la spiritualité soufie intense, à l’écart des violences et dérives contemporaines.

Kudsi Ergüner, né en 1952 à Diyarbakır, Turquie, est considéré comme un maître du Mevlevi traditionnel et l’un des plus célèbres joueurs de ney de son pays. Sa famille est musicienne de longue date. En 1975, il s’installe à Paris où il étudie l’architecture et la musicologie. C’est à partir de là qu’il mène une activité incessante et multiforme en faveur du patrimoine culturel de son pays.

Le ney est une flûte oblique à embouchure terminale en roseau, originaire d’Asie centrale, dont les plus anciennes formes datent de Sumer ( 2800 avant JC) et de l’âge des pyramides. Ce nom provient d’un unique mot persan signifiant « roseau ».

Femme jouant du ney

Femme jouant du ney dans une peinture sur bois du palais Hasht Behesht à Isfahan (Iran) 1669.

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Nuage~Pluie

Ex quo profecto intellegis quanta in dato beneficio sit laus, cum in accepto sit tanta gloria.

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