Ecrits de Maître Guan

Les Quatre Traités de l’Art de l’esprit

Extraits

L’exigence de cultiver le principe vital, centrale et continue, dans l’histoire chinoise, innerve toutes les pratiques liées à la maîtrise des souffles, depuis la calligraphie jusqu’aux arts matiaux en passant par la médecine. Elle prend naissance dans cet « Art de l’esprit » qui propose pour la première fois une réflexion méthodique sur les ressources vitales que possède chaque individu, qui invente de nouvelles attitudes fondatrices de l’ethos taoïste. Le lexique de la vie intérieure s’organise depuis l’époque fondatrice des Royaumes combattants autour du modèle de la respiration, comme modalité privilégiée des échanges entre la réalité interne et le monde extérieur. Elle préside aux considérations alternées, dans la culture de soi, entre l’usage optimal et l’usure minimale de son propre corps. L’histoire de la pensée chinoise atteste sans ambivalence combien l’homme fut depuis les temps anciens tanté par des manipulations sur son corps pour accroître ses pouvoirs individuels ou ceux de son espèce. La Culture de soi qui constitue le substrat des pratiques taoïstes préfigure une forme de vie au sein de laquelle le corps ne cesse de changer, de gagner en pouvoir en développant en lui un alter homo, qui porte le nom de sage (shèng rén, 聖人).

Les nombreuses expressions équivalentes à celle de « Culture de soi » en chinois sont formées avec le terme xiū 修 (prendre soin, exercer une action réparatrice, restauratrice, thérapeutique sur quelque chose pour la remettre en état, pour l’affiner ou l’embellir) en combinaison, ou en alternance, avec le terme yǎng 养 (nourrir, élever, faire croître, assurer le développement de quelque chose). Les deux termes xiū et yǎng pris dans leur fonction verbale s’appliquent au shēn 身 (le corps, le soi), au xīn 心 (le coeur et l’esprit) ou à la forme corporelle (xíng 形). Catherine Despeux a offert une présentation claire et synthétique des aspects posturaux et gymniques de la Culture de soi à l’époque ancienne : « Culture de soi et pratiques d’immortalité dans la Chine antique des Royaumes combattants aux Han », in Religion et société en Chine ancienne et médiévale, Cerf, Paris, 2009, p. 241-276.

Présentation

Le Guanzi  (管子, guǎn zǐ ) est un ouvrage de nature encyclopédique rédigé au cours de la période effervescente des Royaumes Combattants, entre le IVe et le IIe siècle avant notre ère, il est avec le Lao Tseu (老子, lǎo zǐ) et le Tchouang-tseu (莊子, 庄子,zhuāng zǐ), un des textes fondateurs du taoïsme.. Romain Graziani propose dans les écrits de Maître Guan une traduction de quatre traités tirés de ce livre, souvent regroupés dans le chapitre  (篇, piān) du Xinshu (心術, xīn  zhú). La tradition taoïste accorde une grande importance à ces textes où sont en particulier discutées des notions fondamentales, comme celles de souffle (氣, 气, qì) ou de Tao (道, dào) . Ces quatre essais formulent un mode de vie inédit, tourné vers la captation et la concentration des ressources intérieures pour développer un état d’omnipotence permettant au sage, ou au souverain, de régner sur le monde entier sous le Ciel. Ce régime implique un art de se nourrir, de s’exprimer ou de combattre précisé dans des termes qui marqueront toute l’histoire des pratiques de soi en Chine. Cet ensemble d’exercices spirituels, respiratoires et gymniques devait permettre de convertir la force physique en énergie spirituelle. La lecture et la méditation de ces traités mêmes de l’ « Art de l’esprit » devait à l’époque faire partie intégrante de ces exercices destinés à parfaire le soi et pleinement déployer sa nature.

de Romain Graziani chez Les Belles Lettres dans la Bibliothèque chinoisede Romain Graziani chez Les Belles Lettres dans la Bibliothèque chinoise

Biographie de l’auteur

Professeur en études chinoises à l’école normale supérieure de Lyon depuis 2009, rédacteur en chef de la revue Extrême-Orient Extrême-Occident, Romain Graziani a notamment publié Fictions philosophiques du Tchouang-tseu (Gallimard 2006), Amor Fati (poésie, José Corti, 1997), Mues indigènes (poésie, Fata Morgana, 2002), L’homme qui voulait naître moi (Fata Morgana, 2004), Legs du bègue (récit, Bibliothèque du Lion, 2005).

Dans l’émission L’énergie (1/5) : Et que circule l’énergie (positive) ! , Romain Graziani évoque le concept de qi.

Nuage~Pluie

Ex quo profecto intellegis quanta in dato beneficio sit laus, cum in accepto sit tanta gloria.

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