Ciel~Terre

天土

tiān tǔ

Un littoral divisa le qi originel.
Ce qui était pur et brillant se déploya pour former le Ciel ;
Ce qui était lourd et bourbeux se figea pour former la Terre. […]
Les essences confondues du Ciel et de la Terre produisirent le yin et le yang.
Les essences du yin et du yang firent naître les quatre saisons.
Les essences dispersées des quatre saisons créèrent toutes choses
Le mythique Pangu 盘古, séparant la terre et le ciel

盤古, Pángǔ, est un personnage de la mythologie chinoise présenté comme le premier être sorti du chaos originel, séparateur du ciel et de la terre, et dont le corps géant est devenu à sa mort le monde et les hommes qui y vivent.

天, tiān: ciel, jour, journée, temps, saison, nature, univers天, tiān, est la représentation de l’étendue 一 qui couvre les hommes 大, donc le faîte de l’univers. Placé au-dessus d’eux, le ciel régit les hommes, et de même, tout supérieur est le 天 de son subordonné.

Quel est le mode de la transcendance en Chine ? Il y a bien une transcendance en Chine, c’est ce qu’on appelle le Ciel. Mais c’est une transcendance non pas par extériorité, comme celle du Dieu biblique, ou comme celle des idées platoniciennes, c’est une transcendance par, je dis souvent, totalisation de l’immanence. Parce que moi, en tant qu’individu, je n’ai toujours qu’une part réduite au processus du monde, mon champ est limité. Alors que le Ciel c’est la totalité des processus en cours. Et ce n’est pas un autre monde : le Ciel, c’est à la fois la totalisation et puis l’absolutisation de l’immanence. C’est le processus à son plein régime. C’est pour ça que, souvent, on traduit le Ciel par  » nature  » en Chine. Mais je crois que c’est très différent, parce qu’au fond tout reste dans un monde intramondain. L’équivalent, si je puis dire, de la pensée de la liberté européenne, c’est la spontanéité en Chine, ziran :  » ce qui se fait « , au sens de sponte sua, c’est à dire ce qui se fait tout seul, par soi-même. Alors, à la fois c’est l’équivalent et en même temps c’est très différent, radicalement différent, parce que ce n’est pas la liberté, avec l’affranchissement que cela implique, mais c’est le fait que le processus, ou la conduite sur le plan humain de la sagesse, se déroule tout seul, sans plus de difficulté, spontanément, sans plus de résistance.

  • 乾, qián, le Ciel, le créateur, le cheval, le père, la tête, le rond, le prince, le jade, le métal, le froid le glace, le rouge sombre, un fruit…
  • la créativité, la force, l’initiative

Sa caractéristique essentielle, c’est le mouvement. Car il est le lieu et le signe d’un mouvement incessant, donc d’une énergie inlassable, toujours variable, d’un passage permanent, d’un état à l’autre. De l’obscurité la plus profonde à la lumière la plus vive, éblouissante, et inversement. Un peu à l’image des émotions, le Ciel est de l’énergie potentielle, pas encore exprimée, ou pas encore réalisée. Danse puissante, solaire, d’où vient la vie.

土, tǔ: terre, sol, terrain, territoire, terroir, poussière, local, rustique
L’étymologie traditionnelle voit la terre dans les deux traits horizontaux qui produit tous les êtres représentés par le trait vertical.

Le radical tǔévoque la terre, le sol, le terrain, le territoire, le terroir, la  poussière, le  local, le rustique

  • 坤, kūn: la Terre, le réceptif, la vache, la mère, le ventre, une étoffe, un chaudron, l’économie, l’égalité, le veau avec la vache, un grand char, la multitude, le tronc, le sol noir, parmi les autres…
  • la disponibilité, l’adaptabilité, l’accueil, le don de soi

Le Ciel n’a pas de raison d’être sans la Terre et la Terre ne peut exister sans le Ciel

En médecine chinoise et dans la tradition chinoise, ce qui compte, ce n’est pas ce qu’est le ciel, ce n’est pas ce qu’est la terre, c’est la relation qui se joue entre ciel et terre.

Le ciel stimule et amène la terre à se transformer, ce qui permet de nourrir et de soutenir toute sa biodiversité, les 10 000 êtres. Le ciel, par le jeu des forces actives, chaudes et lumineuses des corps célestes, émet un souffle yang qui, par sa croissance et sa décroissance cyclique, définit quatre dynamismes particuliers que l’on peut associer aux quatre saisons de l’année et aux quatre phases de la journée. En contrepartie, la terre représente une force calme et passive qui répond à cette puissance extérieure comme l’argile sous les doigts du sculpteur.

Le mariage du Ciel et de la Terre, huile sur toile de Max Ernst, 1962

Entre ciel et terre

Debout, vertical, l’homme 人 vit entre ciel et terre, il relie, intègre et accomplit les venus du ciel et de la terre.

De même que la tradition chinoise nomme ciel et terre, comme yin et yang, dans un ordre intangible, elle nomme ciel, homme et terre dans un ordre qui invoque un ciel fécondant la terre pour engendrer l’homme.

L’Homme, par son esprit, est capable d’acquérir les vertus de la Terre et du Ciel, de communier par le truchement du Vide médian avec le Vide suprême.

Hexagramme 11 du Yi Jing, 泰, tài, la Paix

L’hexagramme de la Paix (泰, tài, ) est rattaché au premier mois de l’année au cours duquel les puissances de la nature préparent le nouveau printemps. Le réceptif ☷, dont le mouvement est dirigé vers le bas, est au-dessus; le créateur ☰, dont le mouvement tend vers le haut, est au-dessous. Leurs influences se rencontrent donc et sont en harmonie, si bien que tous les êtres s’épanouissent et prospèrent.

Les quatre mouvements fondamentaux du souffle (氣, qì)sont la montée (升, shēng), la descente (降, jiàng), l’entrée (入, rù),  la sortie (出, chū).

Le Yang gouverne le mouvement, le Yin gouverne le repos, le Yang gouverne la montée, le Yin gouverne la descente.

La montée et la descente évoquent ici la montée du yang de la terre qui est yin et la descente du yin du ciel qui est yang. L’échange entre le ciel et la terre est à l’origine de toute création. Durant la création du monde le qì est double : un souffle yin et un souffle yang qui communiquent et luttent, engendrant ainsi les dix mille êtres. Si la montée et la descente disparaissent, ciel et terre disparaissent, les deux souffles opposés s’éclipsent et le qì revient à son état indifférencié et non manifesté, il redevient l’un du Wuji.

 

Médiagraphie

The Huainanzi - A Guide to the Theory and Practice of Government in Early Han China, de Liu An, traduction de John S. Major chez Columbia University PressThe Huainanzi - A Guide to the Theory and Practice of Government in Early Han China, de Liu An, traduction de John S. Major chez Columbia University PressSouffle-Esprit : Textes théoriques chinois sur l'art pictural de François Cheng aux Points essaisSouffle-Esprit : Textes théoriques chinois sur l'art pictural de François Cheng aux Points essaisRelier corps et esprit : Taoïsme et philosophies indo-tibétaines de Martine Larbat chez Almora dans la collection EssaiRelier corps et esprit : Taoïsme et philosophies indo-tibétaines de Martine Larbat chez Almora dans la collection Essai

Nuage~Pluie

Ex quo profecto intellegis quanta in dato beneficio sit laus, cum in accepto sit tanta gloria.

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