Chine : L’empire du trait

Calligraphies et dessins du Ve au XIXe siècle

Avant-propos de François Cheng

Surgies du fond des siècles, ces pièces de calligraphie qui s’offrent à notre regard conservent toute leur fraîcheur de pinceau et d’encre. Pénétrer dans leur intimité, c’est prendre part à un acte créateur deux fois millénaire, c’est sentir le frémissement même d’une main en train de tracer ces signes idéographiques dont l’origine, selon un certain mythe, est d’ordre céleste. En effet, tout Chinois, lorsqu’il se trouve devant une calligraphie, ou un tableau, refait irrésistiblement en pensée les gestes avec lesquels l’artiste a réalisé l’œuvre. Tant il est vrai que tout idéogramme, et par extension toute figure dessinée, incarne, plus qu’une notion ou une image, une manière d’être ; et que tracer ces signes faits de traits essentiels est un acte par lequel l’homme entre en communion avec les entités vivantes de la nature et du cosmos.

Chine : L'empire du trait : Calligraphies et dessins du Ve au XIXe siècle par la Bibliothèque nationale de France, Sous la direction de  Nathalie Monnet

Présentation

François Cheng éclaire dès les premières pages de ce livre la fascination qu’exercent la calligraphie et la peinture chinoise dans l’esprit des Occidentaux.

Nathalie Monnet nous y initie pas à pas avec maîtrise à travers les collections les plus prestigieuses de la Bibliothèque nationale de France, choisies pour leur rareté et leur élégance, et couvrant quinze siècles de haute culture. Ayant en commun d’être réalisées au pinceau et à l’encre, la calligraphie et la peinture se définissent comme des arts du trait. Alliant la mobilité vivante du pinceau à l’inaltérable brillance de l’encre, les lettrés chinois n’ont eu de cesse d’explorer la force expressive de cet art qu’ils déclinent à travers des formes calligraphiques et picturales multiples et inlassablement réinventées.

De célèbres rouleaux, conservés à Dunhuang dans une grotte scellée au début du XIe siècle, puis rapportés par Paul Pelliot, ont permis de redécouvrir intactes des œuvres disparues : pièces ou copies fidèles d’éminents calligraphes comme Wang Xizhi, Zhi Yong, l’empereur Taizong de la dynastie de Tang ou Liu Gongquan, mais aussi des rouleaux de soie ou de papier pieusement calligraphiés par les scribes depuis le Ve siècle.

Yuanmingyuan, le jardin de la Clarté parfaite

Yuanmingyuan, le jardin de la Clarté parfaite – D’une pierre effleurant l’eau, regarder s’écouler l’onde – Peintres : Tang Dai (1673-1752) et Shen Yuan (actif au début du règne de Qianlong) Auteur des poésies : empereur Qianlong (1736-1795) Calligraphe : Wang Youdun (1692-1758) Dynastie des Qing, ère Qianlong, 1747

Les trois grandes doctrines – confucianisme, taoïsme et bouddhisme -, qui ont si puissamment marqué le monde des lettres chinoises, sont évoquées par des manuscrits et des éditions rares ; de fragiles esquisses sont les émouvants témoins de l’activité intense déployée par les peintres de Dunhuang.

La Quintessence des Lois de la Nature    de Li Guangdi Pékin (Chine), vers 1717

La Quintessence des Lois de la Nature de Li Guangdi , vers 1717

 

On admirera la précision de l’art du collectionneur dans des catalogues anciens d’objets de bronze, de bâtons et de pierres à encre, mais également l’art du bibliophile chinois, exprimé par des albums estampés ou précieusement peints sur feuilles d’arbres ou sur soie, calligraphiés sur fond d’or, incisés sur jade, ou finement tissés. Enfin, de prestigieux volumes de gravures ou de peintures sur soie glorifiant les capitales et le bon gouvernement, ou le cortège de l’empereur Kangxi traversant Pékin en liesse pour son soixantième anniversaire, font découvrir un art politique au service de la dynastie des Qing. Des peintures ou des imprimés polychromes témoignent de l’art raffiné du Sud de la Chine. On pourra comparer des pièces du XVIIe siècle qui marquent les premières tentatives de compréhension mutuelle et de synthèse entre l’art et l’architecture de la Chine et de l’Europe. L’ouvrage s’achève par des séries de gravures ou de peintures délicatement colorées sur soie des pavillons impériaux disparus du fabuleux Palais d’été.

 

Nuage~Pluie

Ex quo profecto intellegis quanta in dato beneficio sit laus, cum in accepto sit tanta gloria.

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